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Grands-Andelys, dans un couvent d’ursulines. Nul affront ne lui est épargné. On conteste son mariage avec Favart, et son propre père, M. Duronceray, semble diriger la poursuite. Nous savons aujourd’hui, par un rapport de l’exempt de police, que le lâche vieillard, amené à Paris du fond de sa province, joua son rôle pour de l’argent dans cette intrigue, intrigue si odieuse, que Mme Favart ne songe même à en accuser ni son père ni le comte de Saxe. Elle doute, elle hésite ; d’où peut venir une pareille attaque ? — Si M. Duronceray en est l’auteur, c’est que le vieillard est fou, et nos pièces le prouveront ; si des ennemis cachés nous persécutent, invoquons l’ancienne amitié du maréchal. — Tel est le résumé des lettres qu’elle adresse du fond du couvent des ursulines à son mari, à sa belle-mère. Le petit bouffe, sait se défendre. Quelle vivacité ! quelle décision ! C’est le ton du commandement aux heures où le péril commun exige une manœuvre rapide et sûre. « Ne perdez pas un instant, écrit-elle ; envoyez tous nos papiers chez le ministre, M. d’Argenson, et surtout le consentement de mon père, signé de sa main ; c’est le curé de Saint-Pierre-aux-Bœufs qui l’a. Réunis nos témoins et mène-les avec toi chez le ministre. Si c’est mon père qui nous persécute ainsi, la vérité éclatera, et l’on nous rendra bientôt justice. Si ce sont quelques ennemis qui veulent nous faire de la peine, ils auront beau faire ; ils pourront peut-être par leur crédit nous séparer pour la vie, mais ils ne pourront jamais nous empêcher de nous aimer et rompre le lien sacré et respectable qui lie nos cœurs. » Et huit jours après, revenant encore à la charge : « N’épargne rien pour justifier notre mariage auprès du ministre… Il ne faut pas manquer d’écrire à M. le maréchal de Saxe… Il nous a rendu trop de services pour qu’il refuse de nous en rendre dans cette occasion. Quand on verra nos papiers, j’espère que l’on ne doutera plus que mon père ne soit fou. »

Touchante confiance de la victime ! Au moment où Mme Favart écrivait ces deux lettres, Maurice lui adressait une longue épître où il donnait clairement à entendre que tous ses malheurs venaient de sa fidélité à son mari. « Je n’ai point entendu parler de Favart… Il doit être bien flatté de voir que vous lui sacrifiez fortune, agrément, gloire, enfin tout ce qui eût fait le bonheur, de votre existence, pour le suivre dans un genre de vie que la seule nécessité fait embrasser. Je souhaite qu’il vous en dédommage et que vous ne sentiez jamais le sacrifice que vous lui faites… Vous n’avez point voulu faire mon bonheur et le vôtre ; peut-être ferez-vous votre malheur et celui de Favart. Je ne le souhaite pas, mais je le crains. Adieu. » Cette dernière tentative n’ayant pas mieux réussi que les autres, la captive eut à subir bientôt de nouvelles rigueurs ; on la transporta des Andelys à Angers. Elle écrivait des Grands-Andelys : « Je suis