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avec détail, et Principia, enfant adoptive de Marcella, que le sort réservait à fermer les yeux de sa bienfaitrice au milieu du sac de Rome. Elle eut à pleurer l’année suivante la mort d’une de ses veuves les plus respectées, Léa, qui avait fondé de ses deniers, dans l’intérieur de la ville, une maison de refuge pour les catéchumènes. Enfin l’église domestique voyait toujours avec orgueil la digne matrone Asella partager avec la fondatrice les soins de sa direction. Moins instruite et moins brillante que Marcella, mais plus grave de maintien et plus âgée, elle était considérée par toute la communauté comme une véritable mère. Jérôme ne lui parlait qu’avec les formules du respect filial, tandis qu’il appelait Marcella sa sœur. Une anecdote fera juger de l’estime dont on entourait cette âme simple et candide. On racontait qu’un peu avant la naissance d’Asella, et lorsque sa mère ressentait les premiers symptômes de l’accouchement, son père l’avait vue en rêve mettre au monde, au lieu d’un enfant, une fiole du plus pur cristal remplie de lumière : dans ce songe bizarre, les amis d’Asella se plaisaient à trouver une prophétie.

Des hommes, en petit nombre, mais distingués tous par la naissance ou le savoir, se groupaient autour du cénacle patricien.— C’était d’abord Pammachius, cousin de Marcella, condisciple de Jérôme dans les écoles de Rome, son ancien émule, aujourd’hui son admirateur et son ami. Comme l’amour se mêle toujours un peu à la dévotion, Pammachius s’était épris de la seconde fille de Paula, Pauline, qu’il épousa quelque temps après, et menait alors de front les affaires de la piété et celles de son mariage.— Venaient ensuite Oceanus, Marcellin et Domnion, tous trois non moins que lui attachés de cœur à Jérôme. Oceanus et Marcellin joignirent plus tard une seconde amitié à celle-ci, l’amitié d’Augustin, devenu célèbre, et ils furent assez honnêtes et assez habiles pour les conserver toutes deux, sans offusquer ni l’un ni l’autre de ces amis, qui furent bientôt des rivaux. Oceanus, homme savant fort recherché dans le monde, accompagna plus tard Fabiola à Bethléem, quand Jérôme s’y fut retiré, et honora d’un souvenir fidèle cette femme, à qui de grandes qualités faisaient pardonner ses travers. — Flavius Marcellinus, tribun et notaire impérial, était chrétien rigide autant que magistrat conciliant : un trait de sa vie le peint pertinemment sous ces deux aspects. Délégué en 410 par l’empereur Honorius pour présider à Carthage la grande conférence entre les catholiques et les donatistes, il se vit saluer ainsi par ces turbulens adversaires de l’église : « Quel malheur ! voici l’union qui nous arrive ! » Et en effet l’union se fit. — Domnion était prêtre et d’un âge avancé. Aimable, généreux, instruit, il avait toujours sa maison ouverte aux étrangers, comme