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et fils d’un simple employé des contributions à l’office présidial, Maximinus s’était élevé du rang d’avocat médiocre et obscur aux fonctions administratives les plus importantes par un semblant d’impartiale sévérité qui n’était au fond que brutalité et inintelligence. Il ne mettait dans ses arrêts ni pondération ni mesure, et la justice n’était pour lui qu’une guerre de torture, de geôle ou de bannissement, faite à des coupables, vrais ou présumés, et non un moyen de réprimer ou de prévenir le crime. Des prêtres furent mis à la question, d’autres bannis en des lieux éloignés, le plus grand nombre exclu du séjour de Rome. Ursin et les siens crièrent au martyre plus haut que jamais, et l’odieux de ces mesures excessives retomba sur Damase, qui ne les avait point provoquées.

Le trouble fut bientôt dans tout l’Occident. Rome conserva un noyau de schismatiques opiniâtres qu’aucune persuasion, aucune menace ne réussit à détruire ; en Italie, les évêques de Parme et de Pouzzoles se retirèrent outrageusement de la communion de Damase, et Ursin, promenant avec lui Isaac et Paschasius, alla demander de diocèse en diocèse un concile pour le juger, et assourdit l’empereur Valentinien de ses plaintes. Cet empereur, incertain de ce qu’il devait croire, ou plutôt fatigué de toutes ces tracasseries, laissa Ursin rentret dans Rome, où il reprit avec plus d’audace sa guerre de diffamation et de calomnie. Se portant hautement l’accusateur de Damase, il chercha à paralyser entre les mains du chef de l’église romaine la juridiction très étendue que des lois récentes lui conféraient : c’était un moyen de lasser l’église elle-même. « J’ai accusé Damase devant l’empereur, disait-il, je l’ai accusé devant les évêques, je demande qu’il soit jugé par un concile : or un accusé ne peut être juge, ses arrêts sont à l’avance frappés de nullité. Damase ne peut donc connaître d’aucune cause ecclésiastique ; la justice du siège de saint Pierre est suspendue. » Ces déclarations n’étaient pas sans influence sur les esprits : les affaires languirent, et Valentinien, révoquant sa première décision, fut obligé de bannir de Rome Ursin et ses diacres une seconde fois ; il retint Ursin prisonnier à Cologne.

La situation de Damase au milieu de tout cela était intolérable : il réclamait lui-même des juges ; il en demandait aux évêques, il en demandait à l’empereur, qui, espérant voir le schisme s’éteindre de lui-même et sans plus de scandale, différait de jour en jour l’examen d’une question qui pouvait le raviver. Le malheureux pape n’avait plus de recours que près d’un concile. Il y en eut un à Rome, en 378, pour des matières de foi, et l’on y vit ce vieillard, humiliant ses cheveux blancs devant ses frères, les supplier avec larmes de scruter sa conduite depuis sa première jeunesse, de le confronter