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d’être louée est la Banque de France. Jamais cette institution n’a été gouvernée avec plus de sagesse et d’habileté qu’au milieu des circonstances difficiles que nous avons traversées depuis un an. La Banque de France a donné cette année des exemples qui auraient dû être suivis. Elle s’est fait ainsi une situation qui est de nature à inspirer toute sécurité, et une banque rend un éminent service aux intérêts financiers et commerciaux du pays quand elle se ménage une telle situation. La Banque a conservé un encaisse suffisant, elle a restreint la circulation de ses billets, elle a diminué considérablement les avances qu’elle fait sur les titres et valeurs qui représentent du capital fixe, elle offre d’abondantes ressources aux opérations commerciales qui se meuvent avec les capitaux de roulement. Nous le répétons, cet exemple devrait servir d’enseignement non-seulement au commerce, mais aux administrations qui dépensent en travaux publics des capitaux considérables. Dans ces circonstances, nous ne sommes pas peu surpris du bruit qui se fait depuis quelque temps autour d’un projet nouveau de grands travaux publics qui ne devrait pas absorber moins de 500 millions. L’honorable ministre des travaux publics, M. Béhic, dit un mot de ce projet pendant la session des conseils-généraux. Nous ne craignîmes pas, bien que la crise n’eût point éclaté alors, de déclarer qu’un tel projet n’était guère conforme aux circonstances. Aujourd’hui, quoique les difficultés de la situation financière soient loin d’être surmontées, on parle encore de ce plan de travaux publics : certains journaux indiquent même confusément les combinaisons financières à l’aide desquelles on le mettrait à exécution. Personne assurément n’est contraire à l’exécution de travaux profitables au pays ; mais encore faut-il garder une certaine mesure entre les divers emplois nécessaires ou utiles des ressources publiques, et faudrait-il apporter une certaine discrétion dans le choix du moment. On étonnerait bien aujourd’hui celui à qui l’on viendrait dire que ce qui est oublié, négligé, omis en France, ce sont les travaux publics ! La France, avec les 200 millions annuels qu’elle leur alloue sur ses budgets, avec les 400 millions de travaux qu’exécutent ses compagnies de chemins de fer, avec les millions que ses maires et ses préfets prodiguent à l’embellissement des villes, a bien plutôt l’air d’un particulier qui aurait confié l’administration de sa fortune à des maçons. L’obstacle à un projet de travaux publics qui serait exagéré dans la conception et intempestif dans la réalisation se rencontrera dans la question financière. Évidemment on ne songera point à réduire l’armée pour augmenter l’allocation budgétaire des travaux publics ; on n’accroîtra point les impôts à cette intention. Reste l’emprunt : les combinaisons vagues indiquées par les journaux sembleraient se rapporter à une sorte d’émission d’obligations ou à la création d’une caisse des grands travaux publics analogue à la caisse des travaux de la ville de Paris. Une émission d’obligations amortissables, on a vu par l’expérience des obligations trentenaires que c’était le mode d’emprunt le plus onéreux pour l’état. Le précédent de la caisse des travaux de la ville de