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large et libre discussion. Nous l’avons toujours dit, depuis 1859 la question qui se débat entre l’Italie et Rome est française au premier chef ; c’est la question des rapports du spirituel et du temporel, des droits politiques et des droits religieux de la conscience. La France est le seul grand pays de l’Europe qui ait résolu cette question conformément aux principes modernes. Nous l’avons résolue en principe en 1789 par la séparation du spirituel et du temporel, par la constitution de l’état absolument laïque délivré de toute attache avec aucun dogme religieux. Nous ne l’avons résolue qu’en principe, car dans la pratique, le développement des institutions libérales ayant été chez nous constamment entravé, nous avons conservé une législation contradictoire, et il nous reste beaucoup à faire encore pour établir les rapports de l’état et des églises sur la base naturelle et juste du droit commun et de la liberté de conscience. L’ébranlement du pouvoir temporel de la papauté est donc, à nos yeux, pour la France une grande occasion de poursuivre chez elle l’application des principes posés en 1789. Certes, si cela eût dépendu de nous, nous n’eussions pas mieux demandé que de voir ces hautes et décisives questions abordées dans la presse et dans les chambres à la française, c’est-à-dire dans la région même des principes, avec cette sincérité logique qui est un des beaux caractères du génie national. Nous ne cachons point le regret que nous éprouvons à voir la solution partielle et tâtonnante de ces questions s’engager dans les faits, par des voies détournées, sous le couvert des expédiens d’une politique variable ; mais, n’étant point les auteurs des faits, nous ne sommes point responsables de la façon dont ils se produisent, et nous sommes bien forcés de les accepter tels qu’ils se présentent. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de réserver les droits de la libre discussion, c’est d’exprimer le regret que nos assemblées publiques, moins favorisées que celles de l’Italie, ne puissent exercer aucune influence sur des actes aussi importans que ceux du 15 septembre. Après cela, il est naturel que nous prenions aisément notre parti des faits qui nous paraissent devoir aider au succès des principes que nous défendons.

Nous échappons donc aux vifs reproches que M. de Falloux adresse à une portion de la presse française dans un récent écrit sur la convention du 15 septembre. Nous avons lu avec une curiosité empressée la brochure de M. de Falloux. Nous avons été fâchés de n’y trouver que des récriminations éloquentes, mais stériles. M. de Falloux ne se méprend nullement sur la portée des arrangemens du 15 septembre : il y voit le commencement d’une crise inévitable pour le pouvoir temporel ; chose curieuse cependant, sur la question pratique, sur celle qui intéresse le présent et l’avenir, sur la politique que la cour de Rome doit adopter, l’écrivain catholique se tait systématiquement. « En examinant la convention du 15 septembre, dit-il, je ne me permettrai pas de rien préjuger au point de vue de Rome. Le souverain pontife délibère à cette heure et passe alternativement de son oratoire à la chambre de son conseil) ses enfans n’ont d’autre marque de