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on le fait dans la polémique à laquelle nous faisons allusion, il est évident qu’ils n’eussent jamais signé la convention. Demandez en ce moment au gouvernement italien de déclarer qu’il désavoue l’ordre du jour de M. de Cavour et qu’il renonce absolument à la fusion de Rome et de l’Italie sur le principe de l’église libre dans l’état libre ; demandez au gouvernement français, qui a tant fait et tant parlé pour la conservation du pouvoir temporel, de déclarer qu’il ne croit plus à la durée de ce pouvoir, et qu’il en accepte dès à présent la déchéance irrévocable : qu’arrivera-t-il ? Vous mettrez face à face deux situations fausses, et vous détruirez du coup la convention. L’acte diplomatique du 15 septembre n’a imposé ni à la France ni à l’Italie le désaveu de leur politique antérieure et le renoncement à leurs espérances futures. Il n’a fait que définir certaines obligations ; au-delà de la limite de ces obligations, les appréciations, les traditions, les vœux, de même que la combinaison des circonstances futures et le tour des événemens, demeurent libres. Nous ne sommes donc pas surpris que l’Italie, par l’organe de M. Nigra, tienne à honneur de rattacher les actes du 15 septembre aux négociations intimes et sérieuses engagées dès 1861 entre M. de Cavour et la France ; nous ne sommes point étonnés non plus que M. Drouyn de Lhuys, en annonçant au saint-siège le retrait de nos troupes, et sans ignorer qu’il abandonne ainsi le pouvoir temporel du pape aux chances auxquelles sont soumis tous les pouvoirs temporels de ce monde (qui n’ont à pourvoir que par leurs propres ressources à leur conservation intérieure), se refuse à prononcer prophétiquement la déchéance de la cour de Rome. Seuls, les adversaires de la convention et les partisans de l’occupation de Rome par nos troupes ont intérêt à vouloir déduire dès à présent ce qu’on pourrait appeler la philosophie de la convention du 15 septembre.

À vrai dire, c’est le parti qui a le plus de raisons d’avoir foi dans les profits que lui rapportera la cessation de l’occupation de Rome par la France qui est aussi le plus intéressé à se montrer discret dans l’interprétation des derniers arrangemens. Persuadés que la nouvelle combinaison sera bien plus avantageuse à l’Italie qu’à la politique professée jusqu’à présent par la cour de Rome, nous verrions avec peine le parlement et le ministère italiens s’égarer dans les controverses conjecturales où la presse française a consumé tant de vaines et irritantes paroles. Il serait habile, spirituel et digne de la part des chambres italiennes de contenir dans des limites pratiques et d’abréger la discussion de la convention. Les Italiens sauront montrer en cette circonstance la sagacité et le tact politique dont ils ont donné tant de preuves. L’émotion causée par le projet de translation de la capitale s’est bien calmée à Turin même. La commission chargée d’examiner la convention est unanimement favorable ; elle est présidée par M. Boncompagni, un ancien ami de M. de Cavour, un des hommes politiques du Piémont qui, par le conseil et la parole, ont depuis 1859 le plus utilement concouru à la bonne direction des affaires italiennes, un de ceux qui sont