Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/204

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


THEODORE II
ET
LE NOUVEL EMPIRE D'ABYSSINIE

I.
LA JEUNESSE ET L'AVENEMENT DE THEODORE.


I.

Depuis l’aventureux voyage de Bruce, des notions plus nettes sur l’Abyssinie ont remplacé chez nous les fables séculaires qui faisaient de l’empire des négus [1] quelque chose d’aussi inconnu et d’aussi mystérieux que le Monomotapa. Ce résultat est principalement dû à quelques relations, à quelques livres accueillis en France, en Angleterre, en Allemagne, avec une faveur généralement méritée. Ce mouvement de publicité a toutefois subi un temps d’arrêt depuis douze ou quinze ans, chose regrettable, car c’est précisément dans cette période que l’Abyssinie a fait le premier essai sérieux de sa reconstitution politique et sociale. Cet essai doit d’autant moins passer inaperçu que c’est peut-être le seul effort de ce genre qu’un peuple en décadence ait tenté en prenant pour modèle, non la civilisation moderne de l’Europe, mais la civilisation qu’il avait su atteindre autrefois. Quelle que soit l’issue finale de cette tentative hardie, il n’est peut-être pas sans intérêt d’en connaître les phases et surtout d’étudier l’homme étrange qui y préside, et dont le nom depuis deux ans commence à nous devenir familier.

  1. Ce mot de la langue amharique, qui peut se traduire par roi des rois, désigne principalement le souverain d’Abyssinie.