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sur le frontispice de la maison même, à l’ancienne dénomination d’enfans trouvés, celle d’hospice des enfans assistés.

Après la réception définitive, l’enfant confié à la crèche reçoit un numéro gravé sur un collier qui ne le quittera plus, et il est remis à une nourrice qui l’emmène chez elle et le gardera probablement plusieurs années. Il y a deux espèces de nourrices à l’hospice des enfans assistés : des filles mères qui y résident et donnent leur fait aux enfans de la crèche avant leur départ pour la campagne, changeant presque tous les jours de nourrissons, et des femmes mariées venues tout exprès à Paris pour emmener chez elles des enfans. Les premières appartiennent d’ordinaire aux départemens du nord et de l’ouest, les secondes au Berry et à la Bourgogne. Celles-ci, plus âgées, moins belles, font partie d’une classe supérieure par les sentimens aux nourrices même qui se placent dans les familles aisées : ce sont des mères qui ne veulent point quitter leurs maris et leur ménage, et qui aiment mieux, comme nourrices, ne gagner que 15 ou 10 francs par mois que de laisser derrière elles, pour des profits plus considérables reçus dans les familles riches, un foyer vide et abandonné. Une partie du personnel de l’hospice mérite aussi d’arrêter l’attention. À côté des filles de Saint-Vincent-de-Paul se distinguent par leur bonne tenue les simples filles de service. De faibles gages, des soins rebutans et souvent dangereux, une réclusion presque absolue, telles sont les conditions qui sont faites à des femmes jeunes et actives ; elles n’en ont pas moins une conduite irréprochable. Ces jeunes filles viennent de la Bretagne ; elles se considèrent et on les traite presque comme des novices.

Outre les nouveau-nés, d’autres enfans sont élevés et instruits dans la maison de la rue d’Enfer : ce sont d’abord ceux qui reviennent de la campagne pour cause de maladie ou pour toute autre raison, puis les enfans remis en dépôt par des parens retenus dans les hôpitaux ou les prisons, enfin ceux que leur famille a redemandés, et qui attendent qu’on les rende. Cette dernière catégorie est assez nombreuse : en 1861, près de 500 enfans furent redemandés par leurs parens ; mais on comprend de quelles précautions la restitution doit être entourée quand il s’agit par exemple de remettre à des mères souvent peu respectables des filles nubiles comme quelques-unes de celles qui travaillent dans les classes.

Le mouvement de la population à l’hospice a été de 3,768 en 1861, de 3,799 en 1860, de 4,002 en 1859. Le nombre des enfans trouvés proprement dits tend de plus en plus à décroître : l’année 1860 n’en a fourni que 142 contre 3,322 enfans abandonnés et 335 orphelins. Sur ce nombre, 3,187 ont été envoyés à la campagne,