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des enfans assistés dans la grande masse de la population constitue pour eux un avantage inappréciable. Il n’est pas douteux qu’avec l’entière égalité civile qui prédomine en France, un grand nombre de ces fils de la charité publique ne parvienne à des situations bonnes, quelques-uns même à des situations élevées. L’ignorance où l’on est généralement de semblables exemples prouve mieux que toute autre allégation que la société a su leur faire une vie commune en tout semblable à celle de leurs frères. Il serait peut-être curieux de connaître quelles destinées exceptionnelles des enfans déshérités à leur naissance ont su se créer par leurs efforts ; mais la statistique, qui a pu établir que les enfans des hospices n’avaient pas fourni plus de victimes au vice, à la débauche et au crime que les enfans des autres classes du peuple, a gardé le silence, et avec raison, sur la bonne place qu’ils ont su conquérir. Il n’est permis à personne de le rompre.

Sans contester que le service des enfans assistés ne puisse être encore amélioré sous beaucoup de rapports, il est donc juste de signaler le bien réalisé depuis quelques années, et qui est dû surtout à une sage défiance de tout esprit de système. C’est sur le point du territoire où le service des enfans trouvés exigeait le plus d’efforts, c’est à Paris même que le bien s’est produit dans les plus grandes proportions. Quelques détails sur cette partie de la tâche confiée dans le département de la Seine à l’administration de l’assistance publique compléteront ce qui vient d’être dit sur le service des enfans trouvés dans notre pays.


II. — LES ENFANS ASSISTES A PARIS.

Dans le tronçon de la rue d’Enfer qui subsiste au-delà de l’Observatoire, on aperçoit à droite, dans le mur d’un bâtiment, un trou fermé d’un volet en planches large de quelques centimètres. C’est le tour, aujourd’hui arrêté par un crochet intérieur, et qui ne reçoit de dépôt qu’après pourparlers préalables avec le concierge de la maison et un préposé spécial de la police, ainsi surveillé, le tour ne peut plus servir que la nuit, après la clôture du bureau d’admission, et depuis plusieurs années on n’y a pas fait un seul dépôt, tant le bureau d’admission lui-même, avec ses règles de discrète et prudente facilité, sait satisfaire à tous les besoins.

Installé en 1795 dans l’institution de l’Oratoire, l’hospice des Enfans-Trouvés présente sur la rue d’Enfer un bâtiment d’un étage qui contient le logement du concierge, le tour, le bureau d’admission et le cabinet du directeur. Une large cour sépare ce bâtiment de l’ancienne habitation des pères de l’Oratoire, dont les divers