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beaucoup réduit à elle seule le chiffre des enfans trouvés. Sur ce nombre de 76,520 enfans des deux sexes, 3,395 étaient conservés dans les hospices, 72,368 placés à la campagne, 757 confiés à des colonies agricoles. 39,008 seulement sur le total étaient des enfans trouvés proprement dits, sans filiation constatée ; 29,771 étaient des enfans abandonnés, mais reconnus ; 7,741 orphelins complétaient le chiffre des élèves des hospices.

Dans la comparaison du chiffre de ces enfans avec la population, les départemens du Rhône, de la Seine, des Bouches-du-Rhône et de la Gironde offrent la proportion la plus forte ; on y compte un enfant sur 110,125, 171 et 261 habitans. La Lozère, la Vienne et les Landes viennent ensuite. L’Ille-et-Vilaine, le 86e sur la liste, n’a qu’un enfant assisté sur 3,520 habitans ; la Seine-Inférieure occupe le 40e rang, la Loire-Inférieure le 51e, le Nord le 83e. Que de réflexions ce tableau ne ferait-il pas naître ! Aux premiers rangs, les extrêmes se touchent, les départemens les plus riches sont à côté des plus pauvres. Aux derniers rangs, des centres d’agglomération industrielle, Lille et les villes ouvrières du Nord, n’offrent pas de points de comparaison moins satisfaisans que la catholique Bretagne elle-même. En somme, la diminution considérable du nombre des élèves des hospices de 1833 à 1859 est le résultat de la suppression des tours, de la surveillance apportée à l’admission et des secours accordés aux mères pauvres.

Le décret de 1811 avait limité à un par arrondissement le nombre maximum des hospices dépositaires. Il s’en ouvrit jusqu’à 335. Aujourd’hui, et malgré l’annexion des trois nouveaux départemens, le total n’en est plus que de 175. Cette diminution coïncide avec la diminution même du nombre des enfans secourus, et surtout avec une meilleure disposition du service. Les hospices les moins riches, les moins utiles, ont été tour à tour supprimés, au grand bénéfice des finances départementales. Moins nombreux, ils peuvent être mieux surveillés, les admissions y sont plus régulières, les soins donnés à l’entretien et à l’éducation des enfans plus complets et mieux rémunérés. Le nombre actuel de 175 hospices dépositaires pour 89 départemens ne pourrait guère être abaissé : il importe en effet que l’hospice, qui remplace la famille, qui envoie les enfans à la campagne, les nourrit de un à douze ans, et ensuite les patronne jusqu’à vingt et un, n’ait point à exercer son action dans un rayon trop étendu. Tous les hospices dépositaires n’avaient point admis le système du tour, et surtout du tour libre, c’est-à-dire de celui où le dépôt des enfans n’était l’objet d’aucune surveillance. En vertu du décret de 1811, 251 tours avaient été ouverts tout d’abord, et 18 rétablis après une première suppression. Par suite des mesures