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légitime en possession de la plus grande partie du territoire, et cela sans déclaration de guerre, sans notification de blocus ; mais les agens étrangers se sont refusés à favoriser, par leur adhésion à la demande de l’amiral brésilien, une politique toujours injuste de la part du Brésil quand il s’agit de la Bande-Orientale, objet séculaire de ses ambitieuses convoitises, et, sans se permettre de juger l’étrange alliance du cabinet de Rio avec le général Florès, ils ont cependant laissé suffisamment voir qu’ils regrettaient la querelle si intempestivement faite au gouvernement de Montevideo et une intervention qui a ravivé une guerre intestine près d’expirer sans ce secours inattendu.

L’attitude de Buenos-Ayres au milieu de ce conflit n’est pas bien décidée. Le général Florès, qui avait rendu quelques services au général Mitre et au parti dominant aujourd’hui dans la république argentine, en avait été récompensé par de grandes complaisances lors de son départ pour la Bande-Orientale ; mais plus tard on avait désiré la fin d’une tentative de révolution qui avait créé plus d’un embarras, et on avait conseillé au général Florès de mettre bas les armes moyennant une transaction. Malheureusement celui-ci, comptant déjà probablement sur le Brésil, avait exigé des conditions qui équivalaient à l’abdication du gouvernement légal de Montevideo, et la guerre a recommencé. Maintenant, si Buenos-Ayres et le parti qui a le pouvoir en main ont conservé leurs anciennes traditions, ils ne doivent pas voir sans quelque inquiétude le Brésil s’apprêter à envahir de nouveau la Bande-Orientale, et c’est peut-être le secret de l’inaction dans laquelle se renferme le gouvernement du général Mitre. Le Brésil lui-même semble hésiter à se lancer à fond dans une question qui peut faire naître pour lui plus d’un danger, et on annonçait récemment l’envoi dans la Plata d’un diplomate brésilien de grande réputation, M. Paranhos, dont la mission permet de penser que le rétablissement de la paix n’est pas impossible.

Quant à l’Europe, il est évident qu’elle ne peut que désirer la fin la plus prompte d’une guerre civile qui est venue arrêter la prospérité dont jouissait la Bande-Orientale sous un gouvernement raisonnable. C’est pourquoi, dès le commencement de ces troubles, la diplomatie étrangère dans la Plata, justement préoccupée des intérêts commerciaux, qui souffrent toujours de pareils désastres, avait unanimement repoussé l’expédition du général Florès, en regrettant que le général Mitre, qui comprenait bien le fâcheux effet que devait produire cette nouvelle conflagration, n’eût pas résolument découragé une entreprise coupable qui a inutilement désolé le pays, jusqu’à ce que l’intervention brésilienne lui eût rendu quelques chances de succès

E. FORCADE.