Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/973

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


des deux côtés, par le clergé protestant d’abord, par le clergé catholique ensuite; mais le peuple irlandais, avide d’instruction, a tenu bon, et aujourd’hui 800,000 enfans, dont plus de 600,000 catholiques, fréquentent les écoles nationales. Ces écoles sont l’honneur du pays, elles en sont aussi l’espérance; c’est le seul point sur lequel l’Irlande soit supérieure à l’Angleterre. Un Irlandais catholique, membre du parlement et membre du comité des écoles nationales, ayant été nommé attorney-général d’Irlande, fut soumis à la réélection et fit devant ses électeurs l’éloge des écoles nationales. C’est à cette occasion que le docteur Cullen a publié une réponse qui est le manifeste de la partie la plus active, si elle n’est pas la plus nombreuse, du clergé catholique d’Irlande.

Il est difficile d’analyser un pamphlet dont chaque mot fait allusion à des querelles locales et contient une attaque contre les personnes; mais le fond de l’argumentation du docteur Cullen est celui-ci : il n’y a pas égalité dans le comité des écoles nationales, parce que le nombre des membres protestans est égal à celui des membres catholiques, tandis que la population catholique est plus nombreuse que la population protestante. D’ailleurs il importe peu que les catholiques soient en nombre égal ou supérieur, si ce sont des laïques; les laïques, et même les prêtres qui n’ont pas reçu mission spéciale de leurs évêques, ne sont pas aptes à se mêler d’instruction publique; ce droit appartient exclusivement aux évêques, comme successeurs des apôtres auxquels Jésus-Christ a dit : « Allez et enseignez. » L’archevêque de Dublin ne s’arrête pas là; il fait, au nom du clergé, la guerre au catholicisme laïc, qui ne rappelle pas assez au peuple sa nationalité, ses griefs et ses souffrances; il signale nominativement à la défiance du peuple les catholiques qui acceptent des fonctions publiques et qui votent au parlement sans l’assentiment de leurs propres évêques.

Je n’ai pas à discuter la politique du docteur Cullen, et je n’ai cité son manifeste que comme un des symptômes de l’état des esprits. Je dirai seulement que de tels écrits font comprendre la froideur nouvelle de beaucoup de protestans libéraux, l’empressement à se rallier du plus grand nombre des catholiques éminens, l’éloignement pour la vie publique chez la plupart des hommes modérés, la disparition des whigs dans les collèges électoraux d’Irlande et la nomination d’une majorité tory, enfin la conduite des émigrans, qui, en brisant les liens qui les unissaient à la patrie, brisent ceux qui les attachaient au clergé.

Il y a cette année dans l’émigration un caractère nouveau qui est un signe de l’état social. Si l’émigration, a d’abord eu pour cause la misère et a été alors encouragée par le gouvernement et par les