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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/970

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la taxe des paroisses pour l’entretien des édifices du culte anglican a été supprimée; on a sécularisé, pour en faire emploi dans un intérêt général, une partie des biens de l’église établie; on a changé la dîme ecclésiastique en une rente qui en a diminué singulièrement le montant, et qui doit être payée par le propriétaire, au lieu d’être payée par le fermier. A l’égard de la propriété, on a adopté une mesure radicale : la cour dite des Encumbered Estates a été instituée pour vendre, en les divisant, les propriétés surchargées d’hypothèques. Cette cour et celle qui lui a été substituée, avec des pouvoirs plus larges, sous le nom de Landed Estates Court, ont en douze ans vendu au profit des créanciers et divisé une masse de propriétés pour la valeur de 31,130,000 livres sterling (778 millions de francs). La transformation de la grande propriété en propriété moyenne, de la propriété obérée en propriété liquide, se poursuit sans relâche au moyen de ces nouvelles cours de justice. En même temps que la propriété se divise, la culture de la terre tend à s’agglomérer. Sur les 300,000 locations au-dessous de cinq acres, 200,000 ont été jointes à des exploitations plus considérables. Depuis longtemps, la loi odieuse qui rendait les sous-locataires parcellaires responsables des faits du locataire principal a été révoquée, et l’on vient d’essayer, bien que sans succès pratique, de résoudre la question des droits du tenancier en cas de plus-value donnée à la terre.

Toutefois l’Europe ne veut pas croire que, depuis la fin du dernier siècle, l’Angleterre soit entrée dans une carrière de réparations. Elle se dit : «Ces libertés sont une vaine apparence, un mensonge, une hypocrisie, quelque chose de semblable à ce qu’est l’égalité des blancs dans les pays à esclaves. Si l’Irlande n’était pas opprimée et dépouillée, elle ne serait pas mécontente et misérable. » La plus simple réflexion montre cependant que l’union de l’Irlande opprimée avec l’Angleterre libre sous un même parlement devait amener, avec le cours du temps, la liberté pour l’Irlande. L’égalité politique des citoyens devait à son tour conduire à l’égalité entre les hommes professant des cultes différens, à l’émancipation des catholiques, et cette émancipation elle-même devait avoir pour conséquence la taxe des pauvres, qui, si l’efficacité pratique de cette taxe est contestable, a du moins le mérite d’être une rançon payée par la richesse à la pauvreté et une reconnaissance des devoirs de la société envers les plus malheureux de ses membres. Que les ennemis de la liberté anglaise me permettent de le dire, ils ne se font pas une idée suffisante des vices de l’oppression et de l’intolérance. La tyrannie produit ses effets après que la tyrannie a cessé d’exister, comme les dettes d’un gouvernement prodigue grèvent les générations à venir. Il y a quelque chose de plus effrayant qu’une Irlande