Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/885

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


États-Unis n’avaient pas fait un mauvais calcul; mais il est un autre incident de la guerre qui est resté sans retentissement, et qui démontre cependant d’une manière bien plus éclatante la justesse des principes qui ont présidé à la construction des monitors: je veux parler du combat livré par la canonnière fédérale le Weehawken à la frégate blindée Atlanta au moment où cette dernière sortait du port de Savannah pour aller détruire les vaisseaux de l’escadre de blocus. L’Atlanta, navire construit en Angleterre, était bien plus formidable que le Merrimac. Elle s’avança dans les brumes du matin contre le Weehawken et lâcha une bordée avant que la canonnière fédérale pût faire usage de ses canons; mais le premier boulet qui en partit mit fin au combat : un projectile de 440 livres déchira l’armure de fer de Y Atlanta, traversa sa coque et tua quarante matelots, la plupart par le simple effet de cette formidable percussion. Le Weehawken lança encore quatre boulets, et, après un engagement qui n’avait duré que quinze minutes, le capitaine de l’Atlanta dut amener son pavillon. L’Atlanta avait coûté plus de 5 millions, et en peu d’instans ce beau navire tomba entre les mains des fédéraux.

La marine américaine ne se contente pas de multiplier les monitors et de les perfectionner; elle s’occupe à cette heure d’obtenir des navires doués des mêmes avantages et capables cependant d’entreprendre de longues traversées. De ce nombre est le Roanoke, vaisseau de même classe que le Niagara, le Merrimac, le Minnesota, le Wabash, le Colorado, et comme ces dernières frégates construit dès 1855. On l’a blindé entièrement avec des plaques de 4 pouces 1/2 d’épaisseur, et son pont porte aujourd’hui trois tours pareilles à celles des monitors ordinaires et renfermant chacune deux canons tournans de 15 pouces, lançant des boulets de 440 livres. Avec ce formidable armement, le Roanoke peut filer cependant 10 nœuds à l’heure. Au mois d’août 1863, on a lancé à Boston un vaisseau blindé, le Canonicus, et dans divers chantiers on construit huit autres navires du même modèle. Le Canonicus aura une vitesse supérieure à celle de toutes les autres canonnières de la marine fédérale et filera 12 nœuds à l’heure. Ses plaques de blindage ont 5 pouces d’épaisseur; son armement consiste en une seule tour logeant deux canons Dahlgren de 15 pouces.

Un dernier perfectionnement vient d’être imaginé pour rendre les navires nouveaux plus redoutables. Dans les débuts, on faisait tourner les tours du pont sur un axe pour amener les canons en face des points d’attaque; mais les boulets ennemis ont plus d’une fois par leur choc dérangé l’appareil rotatoire. Aujourd’hui ce n’est plus la tour qu’on fait tourner, c’est le navire, et on obtient ce résultat en employant, au lieu d’une hélice, deux hélices jumelles,