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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/884

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et presque sous le feu de l’ennemi; chaque fois qu’un navire fédéral quitte Port-Royal pour retourner dans le nord, il emporte quelques milliers de lettres, écrites par les soldats de l’armée d’occupation à leurs parens ou à leurs amis. Il est malheureusement probable que, longtemps encore après la fin de la guerre actuelle, le gouvernement sera obligé de conserver une armée permanente assez nombreuse; mais, disséminée sur tous les points du continent, elle ne sera jamais en mesure d’exercer la moindre influence sur la marche des affaires publiques. Quelques corps d’occupation répartis sur les points stratégiques les plus importans d’aussi vastes territoires ne se donneront jamais la main pour renverser l’autorité centrale, et en resteront le docile instrument.

Si l’on s’est montré souvent sévère pour l’armée des États-Unis, on a été assez unanime à reconnaître que, depuis le commencement des hostilités, la marine fédérale a reçu de grands développerons et s’est montrée à la hauteur de sa tâche. Il faut se souvenir que, lorsque le mouvement de la sécession éclata, cette marine ne se composait que d’un petit nombre de navires disséminés dans les parties les plus éloignées du globe. Le gouvernement, pour suffire aux exigences d’un blocus étendu sur des côtes d’une immense longueur, fit dès le début les plus grands sacrifices : il mit un grand nombre de navires sur le chantier, acheta tous les vaisseaux marchands qui pouvaient aisément être convertis en navires de guerre. Il se hâta en même temps d’ordonner la construction de quelques-uns de ces engins de destruction tout nouveaux qui sont destinés à remplacer bientôt dans la guerre navale les anciens bâtimens en bois ou en fer. Sans s’asservir aux modèles que, sous ce rapport, pouvaient fournir la France et l’Angleterre, on s’attacha surtout à construire des canonnières blindées, propres à opérer sur les côtes et le long des grands fleuves d’Amérique. Le célèbre duel du Monitor et du Merrimac apprit bientôt à la vieille Europe que le génie mécanique du Nouveau-Monde avait trouvé une arme maritime toute nouvelle. Tandis que les ingénieurs européens s’attachaient à construire des vaisseaux capables de tenir la mer et de naviguer tout en portant une lourde armure et un grand nombre de canons, les Américains, pressés par le temps, s’appliquèrent à bâtir de petits navires dont la puissance destructive fût en quelque sorte concentrée dans un petit nombre de canons capables de lancer des projectiles d’un poids exorbitant. Les Européens visèrent aux longues portées et aux qualités nautiques ; les ingénieurs des États-Unis, sans se préoccuper des dernières, ne cherchèrent que l’invulnérabilité et la puissance que donnent les gros calibres à de petites distances. Toute une marine nouvelle fut construite avec une rapidité inouïe sur ces principes. La destruction du Merrimac par le Monitor prouve que les