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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/821

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Chaque fois que le préfet de la Seine a réclamé l’approbation des plans formés pour l’amélioration de Paris, il n’a pas manqué de faire observer que ces entreprises, outre l’urgence qui en justifiait le prompt achèvement, assuraient l’avenir de tels avantages qu’il était juste de lui imposer une partie des charges. Il remarquait aussi que, lorsqu’une entreprise est résolue, il en coûte souvent moins, en raison de l’élévation croissante des prétentions particulières, d’aller vite que de procéder par étapes mesurées. Ce seraient là sans aucun doute des circonstances atténuantes mais non des motifs d’absolution complète, si la ville avait néanmoins entrepris dans le présent plus que ses forces ne comportent et surchargé l’avenir sans aucune prévision de ces catastrophes chroniques qui arrêtent trop souvent l’essor de la prospérité de notre pays. Il serait impie de formuler de semblables craintes, mais la tâche d’une administration irréprochable est de ménager les ressources publiques comme si elle les pressentait, et c’est à quoi les administrations antérieures n’ont pas failli.

En résume, s’il est juste de reconnaître que, pour des motifs de saine politique et même d’économie bien entendue, on a eu souvent raison d’exécuter rapidement les travaux projetés, on ne saurait néanmoins admettre que toutes ces entreprises aient eu au même degré le caractère d’urgence. Quand des transformations d’un intérêt secondaire ont pu être opérées sans grandes dépenses, l’administration a sagement fait de ne pas attendre; mais, elle n’a pas toujours eu cette bonne fortune. Exprimons aussi le regret que, dans la poursuite de ces entreprises, la recherche de la règle droite et du nivellement ait par trop prévalu. Pour beaucoup d’yeux délicats, la ligne droite est brutale et disgracieuse, le nivellement du sol monotone et inutilement coûteux. Grâce à quelques sinuosités, il eût été possible d’épargner de vieux monumens ou de mettre en lumière des vestiges du passé. Grâce à une inflexion prudente, on eût évité des expropriations onéreuses comme aux abords du nouvel Opéra ou au boulevard du Temple, dont les théâtres traditionnels cherchent après leur déplacement une patrie qu’ils ne retrouveront pas, ou qu’on rendra à quelques-uns d’entre eux au prix d’une double dépense. Grâce enfin à quelques pentes plus raides, on n’eût pas suspendu au-dessus d’un abîme des rues nouvellement construites, comme aux abords du Panthéon, ou laissé des quartiers en l’air, comme le long du boulevard Malesherbes. Ce qu’il faudra dépenser pour raccorder aux nouvelles voies à pente adoucie les rues latérales et les maisons hors de niveau met à la charge de la propriété privée un lourd sacrifice. Quant à la ville, une annuité de 25 millions en intérêts et amortissement est, malgré d’élévation de ses recettes, une charge dont la proportion ne devrait pas être dépassée. Il ne faut