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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/78

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n’est pas de lui, non qu’il ne fût un vigoureux orateur, mais il ne parlait pas cette langue-là, et les contemporains de Tite-Live le trouvaient obscur et vieilli. L’historien avait cependant sous les yeux la véritable harangue de Caton, et il a pu en tirer plusieurs traits qu’on reconnaît à leur âpreté sous le langage trop élégant que lui prête Tite-Live. Caton put bien exprimer son indignation en voyant les femmes, que leur condition plaçait dans la main, c’est-à-dire dans la dépendance absolue, de leurs maris, de leurs pères, de leurs frères, oser sortir de leurs maisons, où la pudeur aurait dû les tenir renfermées, et venir presque dans le Forum (on voit qu’elles ne s’étaient pas permis cependant d’y pénétrer) se mêler aux comices et aux débats. Caton a dû dire : « Donnez un frein à leur nature, qui n’est jamais maîtresse d’elle-même, et à l’animal indompté (indomito animali). » Tite-Live place dans la bouche du censeur ses vrais sentimens quand il lui fait maudire les progrès du luxe et le fait s’écrier : « C’est avec déplaisir, croyez-moi, que je vois les statues de Syracuse apportées dans cette ville. J’entends beaucoup trop louer et admirer les monumens de Corinthe et d’Athènes, et se moquer des ornemens en terre qui décorent les temples des dieux romains. » Les ornemens en terre étaient l’œuvre de l’art étrusque, et Caton les préférait aux produits de l’art grec; de sa part, rien de plus naturel. La rude éloquence de Caton ne put rien pourtant contre celle des dames romaines : le lendemain, elles se répandirent dans les rues en plus grand nombre encore que la veille; toutes ensemble coururent assiéger les demeures des tribuns qui s’opposaient à l’abrogation de la loi Oppia, et triomphèrent de leur résistance; puis, pour célébrer ce triomphe, elles allèrent par la ville et à travers le Forum étalant les atours qu’elles avaient reconquis. Mais lorsque Caton fut censeur, il prit sa revanche.

La carrière militaire de Caton fut glorieusement remplie. Il décida la victoire des Thermopyles en chassant par un coup hardi Antiochus du mont Callidromus, qui domine le passage, et par lequel, selon le mot de Napoléon, Léonidas s’était laissé tourner. En Espagne, Caton, qui disait de lui le bien avec la même franchise qu’il disait le mal en parlant des autres, se vantait d’avoir pris une ville par jour; dans cette campagne, il voua une chapelle à la Victoire Vierge ; elle fut élevée sur le Palatin à côté du grand temple de la Victoire, dont la première fondation remontait aux Sabins aborigènes, aux Prisci, qui s’appelaient comme Caton, leur descendant. Par le nom de Victoire Vierge, il voulait sans doute indiquer la pureté de la sienne, que nul gain honteux du général n’avait déshonorée, et faire une allusion désobligeante aux victoires de Scipion, qu’il accusait de souffrir trop de mollesse dans son armée, ou de