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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/765

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LES
SCIENCES DE LA NATURE
ET
LES SCIENCES HISTORIQUES


A M. MARCELLIN BERTHELOT.
Dinard, près Saint-Malo, août 1863.


Ici, au bord de la mer, revenant à mes plus anciennes idées, je me suis pris à regretter d’avoir préféré les sciences historiques à celles de la nature, surtout à la physiologie comparée. Autrefois, au séminaire d’Issy, ces études me passionnèrent au plus haut degré: à Saint-Sulpice, j’en fus détourné par la philologie et l’histoire; mais chaque fois que je cause avec vous, avec Claude Bernard, je regrette de n’avoir qu’une vie, et je me demande si, en m’attachant à la science historique de l’humanité, j’ai pris la meilleure part.

Que sont en effet les trois ou quatre mille ans d’histoire que nous pouvons connaître dans l’infini de durée qui nous a précédés? Rien sans doute, et les philosophes de l’école littéraire, hostiles ou indifférens aux résultats venant des sciences naturelles, seront toujours fermés au véritable progrès. L’histoire dans le sens ordinaire, c’est-à-dire la série des faits que nous savons du développement de l’humanité, n’est qu’une portion imperceptible de l’histoire véritable, entendue comme le tableau de ce que nous pouvons savoir du développement de l’univers. Les passions que soulève inévitablement l’étude critique du passé s’opposent d’ailleurs à ce qu’on porte en de telles recherches la froideur et le désintéressement qui sont la condition indispensable de la découverte du vrai. Si les sciences