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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/758

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La mauvaise administration des finances a paralysé les ressources indigènes, l’industrie est restée inactive, l’agriculture n’est pas sortie des voies de la routine, les terres arables du royaume sont évaluées à trois millions d’hectares, et il n’y en a pas la moitié de cultivées ; les sciences et les études pratiques ont été trop sacrifiées au goût de la politique et des belles-lettres, aucun chemin de fer ne sillonne le pays, et c’est à peine si l’on a construit quelques routes ; l’administration a toujours laissé à désirer, et le système constitutionnel n’a pas fonctionné sans entraves ; des questions d’intérêt personnel, de stériles intrigues, des discussions oiseuses se sont souvent produites. Qui donc pourrait s’en étonner ? Mme Dora d’Istria le fait remarquer avec raison, il n’est aucune nation de l’Occident qui n’ait cherché péniblement sa voie avant d’entrer en possession de ses libertés, et les Anglo-Saxons des deux mondes, dont on cite perpétuellement l’exemple, ont eu sous ce rapport autant d’épreuves à subir que les races les plus turbulentes du midi.

Si l’on veut être juste, on reconnaîtra d’ailleurs que peu de pays ont passé plus facilement que la Grèce de l’absolutisme au système constitutionnel. Après avoir vécu sous le régime républicain depuis la guerre de l’indépendance jusqu’en 1832, sous celui de la monarchie absolue de 1832 au mois de septembre 1843, la Grèce a obtenu le 30 mars 1844 une constitution modelée presque en tout point sur la charte française de 1830. Cette grande réforme s’accomplit sans l’effusion d’une goutte de sang. Jamais révolution ne fut plus calme, plus pacifique ; de tout le mouvement d’un peuple unanime, il ne resta guère d’autre trace que le mot constitution, écrit par dix mille mains sur les murailles de marbre de la résidence royale. Égalité devant la loi, inviolabilité de la liberté individuelle, du domicile, de la propriété, liberté de la presse et de l’enseignement, tels sont les droits acquis au citoyen hellène. « Lois constitutionnelles, salut ! s’écrie dans un élan lyrique le poète Alexandre Soutzo. Vous étiez mystérieusement gravées dans le cœur de tous les Grecs ; mais vous attendiez pour briller au grand jour les rayons du 3 septembre, comme ces écritures cachées qui n’apparaissent qu’au contact de la flamme. Saintes lois, vous êtes éternelles ! Nées dans le Jardin sacré d’Épidaure, scellées du sang de nos héros, vous êtes désormais l’évangile politique de la Grèce. »

En vertu de la constitution de 1844, le roi exerce, avec un ministère responsable, le pouvoir exécutif ; il partage le pouvoir législatif avec les deux chambres. Les députés sont élus pour trois ans. Ils reçoivent pendant la durée de leurs travaux une indemnité mensuelle de 250 drachmes, et ils doivent être au moins quatre-vingts. Les sénateurs sont nommés à vie par le roi, qui peut élever leur nombre à la moitié de celui des députés, et leurs attributions sont à peu près les mêmes que celles de notre ancienne chambre des pairs. Ce n’est pas seulement une charte que la Grèce nous a empruntée ; la plupart de ses institutions sont imitées des nôtres. Elle possède