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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/754

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Nous avons ailleurs des embarras et des empêchemens que nous nous sommes suscités par une politique peu conforme aux principes de la révolution française ou peu prévoyante. Le plus grave de ces embarras est, de l’aveu de tous, l’affaire du Mexique. Nous constatons pourtant avec plaisir que de ce côté les perspectives s’améliorent, et que la France pourra se dégager honorablement, dans un temps donné, de cette dangereuse intervention en Amérique. L’acceptation de l’empire par l’archiduc Maximilien paraît aujourd’hui un fait certain. Pendant la période d’établissement du nouveau régime, la France sera représentée à Mexico par deux hommes justement estimés, militairement par le général Bazaine, diplomatiquement par M. de Montholon. Une correspondance du ministre des États-Unis à Mexico, adressée à M. Seward, et que la presse américaine a publiée, contient des informations rassurantes. M. Corwin reconnaît que la population mexicaine est favorable au nouveau régime. Dans ces circonstances, il est à présumer que les capitaux européens, ceux de l’Angleterre aussi bien que ceux de la France, suivront volontiers au Mexique le nouvel empereur. De grands banquiers de France et d’Angleterre se proposent de fonder une banque d’état au Mexique ; des maisons considérables offrent de se charger du placement d’un emprunt de 300 millions de francs. Il y aurait là une ressource immédiate où la France pourrait trouver le remboursement de ses frais de guerre. M. Fould verrait ainsi rentrer au trésor des sommes très importantes qu’il avait dû croire parties pour longtemps.

Ne pouvons-nous aussi nous considérer comme affranchis désormais des craintes qui s’étaient répandues, il y a déjà quelque temps, à propos d’un projet de reconnaissance prochaine de la confédération du sud que l’on prêtait à notre gouvernement ? Quand un tel acte ne serait pas contraire aux intérêts les plus incontestés de la France et à nos traditions les plus honorables, il faut convenir qu’il serait peu justifié par les circonstances. Il est possible que l’Union ne rétablisse point aussi promptement qu’elle l’espère son ascendant sur le sud, il se peut que quelques échecs partiels ralentissent les progrès marqués des fédéraux ; mais l’ensemble des faits démontre le déclin de l’entreprise malheureuse tentée par les chefs de la sécession. Le ministère anglais a tenu dans la question américaine une conduite qui suffirait au besoin à nous mettre en garde contre l’idée imprudente de reconnaître le sud. La partie du discours de lord Russell relative à l’Amérique est très curieuse à étudier à ce point de vue. S’il existait un esprit public organisé parmi nous, et qu’on voulût reconnaître le sud, notre gouvernement n’aurait pas à soutenir contre l’opinion une lutte moins vive que celle que le gouvernement anglais a dû soutenir pour résister au courant d’opinion qui demandait la reconnaissance de la confédération. Le ministère anglais a résisté aux préjugés passionnés de son pays. Il a persisté dans la politique de non-intervention. Cette prudence inflexible a fini par lasser le gouvernement de Richmond. M. Jefferson