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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/748

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au sommet de la montagne une pierre avec cette inscription : « Repose-toi et sois reconnaissant. Telle paraît être, a-t-il ajouté, l’opinion actuelle du pays, non que nous n’ayons d’autres routes à construire et d’autres montagnes à gravir ; mais il semble pour le moment que le vœu du pays, et je m’y associe, est que notre politique, au lieu d’ouvrir de nouvelles voies, se repose et soit reconnaissante. »

Tel est en raccourci le trait caractéristique de la situation intérieure actuelle de l’Angleterre. Il y a un grand intérêt pour le continent à le bien saisir et à ne le point perdre de vue. Nous autres nations continentales, depuis la Russie jusqu’à la France, nous aurions grandement à profiter des enseignemens que nous a donnés le mouvement progressif et réformateur de l’Angleterre pendant ces quarante dernières années. Malheureusement nous avons présenté durant cette période l’exemple tout contraire, et nous ne semblons pas près de mettre un terme au contraste que nous poursuivons à nos dépens. Naturellement ce contraste se reproduit dans la politique extérieure. Pour nous qui, grâce au système réactionnaire et restrictif qui nous est appliqué au dedans, n’avons presque pas de vie politique intérieure, on nous cherche et nous cherchons nous-mêmes des diversions dans les aventures extérieures. Comprenons que l’Angleterre, dans ses dispositions actuelles, ne peut point apporter les mêmes entraînemens que nous dans sa politique étrangère. Un peuple qui est, comme nous le voyons, amoureux de sa paix intérieure, qui la savoure avec délices, qui y attache d’autant plus de prix qu’il a eu le spectacle des naufrages de la liberté française, né saurait être différent au dehors de ce qu’il est chez lui. La paix extérieure ne saurait avoir pour lui moins d’attraits que la paix intérieure. Il ne doit pas apporter une moindre vigilance et une moindre prudence à conserver l’une que l’autre. Qu’on en soit donc Bien certain, la politique pacifique suivie par lord Russell et par lord Palmerston n’est point le système ou le caprice de ces hommes d’état, elle n’est pas une taquinerie imaginée pour vexer le gouvernement français ; elle émane de la nation elle-même, elle est dictée par l’opinion publique anglaise.

La première condition, quand on fait de la politique sérieuse, c’est de voir les choses telles qu’elles sont, de ne pas s’abandonner à la merci des illusions, de ne pas s’efforcer de croire à ce que l’on désire, de ne pas tricher avec soi-même. Ne nous méprenons donc point sur la politique anglaise. Nous venons de montrer la raison profonde et générale du caractère pacifique de cette politique, qu’elle s’applique au Mexique, aux États-Unis, à la Pologne. Il serait facile de signaler des motifs accessoires de l’attitude du gouvernement anglais, si l’on entrait dans l’examen des diverses questions. Prenons par exemple la question polonaise. A-t-on jamais pu croire, que les hommes d’état anglais voulussent risquer une guerre avec la Russie en se mettant des œillères, en ne voulant voir que la question polonaise elle-même, sans examiner et peser les intérêts différens, nombreux et com-