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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/735

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dans le corps enseignant, ce qui, dans les conditions où nous sommes, nous ferait le plus souvent perdre de bons professeurs sans gagner des administrateurs fermes et habiles. D’un autre côté, gardons-nous bien de tomber dans l’excès contraire et de nous laisser entraîner par un préjugé populaire à tout abandonner avec précipitation aux provinces et aux communes. L’état seul peut et doit conserver sous sa main un certain nombre d’écoles secondaires supérieures, où les études classiques trouvent les développemens nécessaires pour devenir la base d’une éducation vraiment libérale et d’une préparation solide aux universités. Les provinces et les communes sauront fournir l’enseignement qu’on appelle professionnel ou technique, car le profit qu’on en tire est senti de tout le monde et répond à un besoin suprême de notre époque : c’est justement par cette raison que l’état est plus que jamais tenu de nos jours à pourvoir à l’enseignement classique. On a eu tort en général de multiplier trop les lycées avant d’avoir assez de bons professeurs, d’étendre trop les limites de cet enseignement, et de faire aborder à des élèves trop jeunes les études scientifiques dans lesquelles on réussit bien plus facilement à un âge plus avancé. Il y aura aussi probablement à diminuer l’enseignement oral pour laisser une part plus large au travail spontané des élèves. Qu’on se garde bien toutefois, en organisant les études secondaires, d’enlever à la direction de l’état un certain nombre de lycées destinés à offrir le type des bonnes écoles littéraires.

La condition des provinces méridionales, l’aversion et l’ignorance d’une partie du clergé rendent plus que jamais nécessaire de conserver dans l’instruction primaire et secondaire une ingérence active et efficace de l’état. Qu’il me soit permis de m’appuyer, en soutenant cette opinion, sur le résultat d’efforts personnels. Une loi sur l’administration scolaire a été pour moi un sujet constant d’étude, et on comprendra que mon attention s’y soit portée plus encore quand le ministère de l’instruction publique me fut confié. J’ai consulté sur cette matière les hommes les plus compétens, et je ne crains pas d’affirmer que, tout en réduisant de moitié la dépense, on pourrait avoir à la tête de l’administration, pour conserver les traditions universitaires, un conseil restreint, formé d’hommes notables, qui seraient à la fois administrateurs et inspecteurs, et puis, dans dix ou douze centres convenablement choisis, des délégués du ministère, semblables aux recteurs des académies françaises et armés d’une autorité suffisante pour réaliser véritablement le principe de la décentralisation.

Il faut maintenant examiner les deux sections du budget de l’instruction publique qui comprennent les universités, les établissemens d’instruction supérieure et les écoles spéciales ; la dépense