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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/712

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un débouché ouvert au commerce et à l’industrie, et elle est certaine à l’avance d’être parmi les nations modernes celle qui en tirera le plus grand profit. On rencontre, il est vrai, presque partout des missionnaires anglais comme Pritchard et William Ellis, qui nous suscitent des difficultés et se posent en adversaires systématiques de l’influence française; mais, qu’on ne s’y trompe pas, leur zèle, la plupart du temps plus mercantile que religieux, plus religieux que politique, n’est plus d’accord avec les vues et les intentions de leur gouvernement. Le champ est vaste d’ailleurs à Madagascar, et, sans se heurter, les nations peuvent y trouver de quoi satisfaire leur ambition commerciale. Cette grande île, placée sur la route du cap de Bonne-Espérance à la Mer-Rouge, au golfe Persique, à l’Hindoustan, qui commande la côte orientale d’Afrique et le canal de Mozambique, offre une escale utile à tous les navires qui parcourent ces. mers. Cette position géographique, déjà si favorable, est destinée à acquérir une bien plus grande importance par l’ouverture de l’isthme de Suez.

Jusqu’à présent, les importations à Madagascar ont été très restreintes. Elles consistent en quelques toiles bleues et blanches de l’Inde, en étoffes peintes des manufactures anglaises et françaises, en aracks provenant des distilleries de Maurice et de Bourbon, en bijouterie commune, en quincaillerie et mercerie, enfin en armes et munitions de guerre. Les exportations se sont composées de bestiaux et de riz nécessaires à l’approvisionnement de Maurice et de Bourbon, de salaisons pour le ravitaillement de nos navires marchands et des bâtimens de la marine militaire, de gomme copale et d’écaille de tortue. Mais ce mouvement commercial s’accroîtrait bien vite par les goûts et les besoins nouveaux que le contact avec les Européens ferait naître dans la population indigène, par la mise en valeur de terres actuellement abandonnées, par la culture de plantes d’une valeur commerciale, telles que l’indigotier, le cotonnier, la canne à sucre, qui croissent spontanément dans cette terre africaine, par l’exploitation du tabac, du cacao, des arbres à épices, par les essences de bois propres aux constructions navales ou à l’ébénisterie qui s’y trouvent en très grande abondance. Toutefois c’est surtout le règne minéral qui a fixé d’abord l’attention de la nouvelle compagnie. Le sol de Madagascar est parsemé de granits mêlés de fer oxydé, qu’on trouve aussi en sillons. D’après des analyses faites avec soin, c’est un minerai analogue à celui de Suède, si renommé par sa qualité exceptionnelle. On rencontre aussi à Madagascar de l’étain en filons et en sables, du mercure, soit à l’état liquide, soit à l’état de vermillon natif, du cuivre et du plomb argentifère très riche et d’une très grande pureté, et déjà employé avec succès par M. Laborde. De toutes ces sources de richesse, la