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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/708

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Dupré, dans sa dernière mission, y ont été atteints des fièvres du pays, qui causent le délire et attaquent le cerveau. Ce sont là, on le voit, de bien grands obstacles à la conquête. Assurément nos soldats sont capables de surmonter bien des difficultés; mais au prix de quels sacrifices faudrait-il payer la conquête de Madagascar? Que d’hommes et de millions! Il ne s’agirait pas d’envoyer quelques milliers de soldats : les Hovas sont un peuple guerrier; il faudrait employer à les vaincre une armée, la ravitailler, l’entretenir et constamment remplir les vides qui se feraient dans ses rangs. Il est plus sage de renoncer à toute idée de conquête sur la grande île africaine. Excités par quelques témérités heureuses, sachons résister à la tentation. Lancés dans une sorte d’intervention permanente dans l’extrême Orient, obligés d’organiser et de faire vivre un nouveau gouvernement au Mexique, appelés à donner une utilité pratique à notre occupation de la Basse-Cochinchine, il est temps de montrer que nous sommes maîtres de nous et que nous ne cédons pas toujours aux entraînemens militaires. Les puissances jalouses de la grandeur et de l’influence de la France pourraient seules désirer la voir s’engager dans une pareille entreprise. La situation doit être acceptée telle qu’elle est. La France a conclu un traité d’amitié et de commerce avec le gouvernement de Madagascar; une compagnie existe pour exploiter les ressources de cette grande île. Ce sont là deux instrumens puissans pour satisfaire une ambition légitime.

La durée du traité d’amitié et de commerce n’est point limitée. Il est dit dans l’article 1er : « Il y aura paix constante et amitié perpétuelle entre sa majesté l’empereur des Français, ses héritiers et successeurs d’une part, et sa majesté le roi de Madagascar, ses héritiers et successeurs d’autre part, et les sujets des deux états, sans exception de personnes, ni de lieux. » Depuis la sanglante révolution d’Emyrne, on a pu croire que le gouvernement sorti de cette révolution réagirait contre la politique de Radama II, et cette opinion ne semble que trop fondée, si l’on tient compte du caractère bien connu et des premiers actes des chefs de l’insurrection victorieuse. Leur premier soin a été de faire déclarer par la reine Rabodo le règne de Radama II nul et comme non avenu. Cependant cette déclaration de nullité, qu’ils peuvent appliquer à leurs affaires intérieures, songent-ils à l’étendre aux affaires extérieures? Ils ont acquis assez de tact politique dans leurs rapports avec les missionnaires pour savoir que lorsque Radama II a traité avec des puissances étrangères, ce n’est point un simple engagement personnel qu’il a pris, et que l’état même se trouve lié par la parole du souverain. Eux-mêmes l’ont reconnu, s’il est vrai, comme on l’a d’abord assuré, que le nouveau gouvernement de Madagascar ait déclaré que les traités seraient