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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/705

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l’envahissement des chrétiens. Tout était mis en jeu : c’était la religion du pays, la mémoire de ses rois les plus vénérés, les coutumes et les traditions les plus sacrées du peuple, les tombeaux et les monumens de son culte qui allaient disparaître, si le nouveau gouvernement n’était pas arrêté dans ses tendances criminelles. Ce mouvement était provoqué par les prêtres des idoles et quelques chefs qui voulaient ressaisir le pouvoir.

Les actes de Radama étaient faits pour développer ces fermens de révolution. Par indifférence plutôt que par un juste sentiment de tolérance, il avait frappé d’une amende égale les provocations que les prêtres des idoles et les chrétiens s’adressaient réciproquement; il s’était entouré d’une garde de jeunes gens (les menamaso), ses favoris, auxquels il livrait les hauts emplois et les grades les plus élevés. Cet entourage affectait le plus grand mépris pour les anciens usages, et, au lieu de procéder à de sages réformes, abusait de son pouvoir pour commettre des exactions et satisfaire jusque dans le palais du roi des goûts de débauche. Radama, par les faveurs dont il les comblait, assumait sur lui la haine et l’impopularité qu’excitaient ces jeunes gens. Il était considéré comme leur chef; il semblait les encourager dans leurs désordres, leur donner une part de sa puissance en retour des plaisirs et des excès de tout genre auxquels ils l’avaient associé. Enfin il mit le comble à ces folies en promulguant une loi qui autorisait le duel et même le combat de tribu à tribu, de village à village, sans autre formalité que le consentement des deux parties. C’était légaliser la guerre civile. Le peuple s’en indigna, et les ennemis de Radama attisèrent tous ces ressentimens pour assurer leur triomphe.

Le 8 mai, le lendemain où cette loi d’anarchie est rendue, une grande agitation règne à Tananarive. Les grands chefs des Hovas et les principaux officiers de l’armée vont en députation auprès du roi et le somment, au nom du peuple, de révoquer la loi. Le roi hésite : il promet de se rendre à ce vœu, puis, revenant sur sa parole, sous le vain prétexte qu’on veut attenter à son autorité, il déclare péremptoirement que la loi sera maintenue envers et contre tous. La députation se retire pour annoncer au peuple qu’il n’a plus d’autre recours que celui des armes. Le soir, la ville est en pleine insurrection; les habitans s’arment, et la maison du premier ministre devient le centre du mouvement. Là, le plan de la révolution est arrêté. On dresse une liste de proscription qui comprend les favoris du roi; on lance des détachemens de troupes à la poursuite des coupables, avec l’ordre de les enlever au besoin de la demeure royale; on veut contraindre le roi à remettre l’autorité publique dans des mains plus respectables.

Toutes les révolutions prennent, même chez les peuples les plus