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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/700

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une politique de civilisation et de progrès tout à l’avantage de la France [1].

Un neveu de la reine, Ramboasalam, était le chef de l’autre parti; il prétendait au trône en attaquant la légitimité de la naissance de Rakoto [2]. Il était soutenu par tous ceux que leurs préjugés ou leur intérêt attachaient au maintien du règne de la terreur. Il avait associé à ses projets le principal ministre de Ranavalo et comptait sur son concours pour s’emparer des rênes du gouvernement à la mort de la reine. Ces espérances furent trompées; des dispositions militaires prises avec une grande énergie assurèrent le triomphe de Rakoto, qui monta sur le trône sous le nom de Radama II.

Le nouveau souverain n’abusa pas de la victoire, même contre ses ennemis. Il se contenta d’exiler son cousin Ramboasalam et l’ancien ministre, qui avaient tenté de lui disputer l’héritage royal. Le nouveau règne s’annonça de la manière la plus favorable. Le tanguin fut aboli [3]. Les Européens furent appelés et accueillis avec faveur. Le roi témoigna le désir de voir augmenter le nombre des écoles des missionnaires et des prêtres, et les chrétiens en petit nombre qu’on comptait parmi ses sujets purent se croire désormais en repos. M. Lambert, exilé sous le règne précédent à la suite d’un complot qui avait pour but d’obtenir par la force l’abdication de la reine en faveur de son fils, reprenait une position considérable auprès du nouveau souverain, et en usait pour nouer des rapports étroits et d’un intérêt mutuellement avantageux entre la France et sa patrie d’adoption. Il était évident que Radama II voulait ouvrir son pays à la civilisation. Ces symptômes devaient fixer l’attention des deux grandes puissances maritimes. Le gouverneur de Maurice s’empressa d’envoyer une mission à Tananarive pour complimenter Radama à l’occasion de son avènement au trône. Quelques mois après, M. le baron Brossard de Corbigny remplissait une mission semblable au nom du gouvernement français. Enfin, dans le courant de l’année 1862, le couronnement de Radama eut lieu avec une certaine solennité, et

  1. On assure que le prince et M. Lambert étaient liés l’un à l’autre par le serment du sang. On appelle serment du sang à Madagascar l’engagement que prennent deux personnes de s’aider réciproquement pendant la durée de leur existence et de se considérer comme si elles avaient une origine commune. Dans un cas pressant ou de nécessité, l’un des frères de serment a le droit de disposer des biens de l’autre sans que celui-ci puisse s’en plaindre.
  2. Rakoto était né deux ans après la mort de Radama Ier, dont la reine le disait fils en invoquant une fable acceptée par la superstition de ses sujets.
  3. C’est le nom donné à une sorte de jugement de Dieu auquel on soumettais ceux qui étaient accusés d’un crime dont la preuve était difficile à fournir. Les prévenus devaient avaler une amande vénéneuse. Ils étaient reconnus innocens lorsqu’ils résistaient à ce poison.