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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/639

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toujours qu’un disciple de l’apôtre Jean, imbu sans doute d’idées, de prévisions, d’espérances puisées à son école, mais en dehors de sa participation directe, se soit cru autorisé à s’adresser à l’église, comme en son nom, pour l’avertir et l’encourager à l’approche des redoutables événemens qui paraissaient la menacer, et, si le caractère et les sentimens du disciple présentent avec ceux de son maître des analogies qui rappellent si souvent l’apôtre, cela est si peu étonnant que le contraire aurait bien plutôt lieu de nous surprendre.

C’est là qu’en est la question pour le moment, et, comme on le voit, elle ne paraît pas encore près de sa solution définitive. Ce qui la complique, c’est la difficulté de raisonner juste en parlant d’un état d’esprit, si différent du nôtre. Aucun autre livre ne pourrait nous donner une idée plus frappante de cette différence. A première vue, quand on ouvre ce livre tout plein d’extases, de visions, de symboles, de descriptions fantastiques, fourmillant de détails bizarres ou grandioses, on dirait qu’il n’y a qu’une alternative à choisir : ou celui qui a vu tout cela était un inspiré, honoré de communications miraculeuses, qu’il a rendues comme il a pu, et qu’il faut accepter pieusement, dût-on ne pas toujours les bien saisir, — ou bien c’est un illuminé, un rêveur, et, pour employer l’expression la plus douce, un cerveau mal équilibré. Tout ne semble-t-il pas indiquer une improvisation fébrile, haletante, sans le moindre souci du style et de la forme, et n’aspirant qu’à reproduire, à travers mille solécismes, ce que je voyant en extase a cru discerner dans les mystères divins?

Une étude un peu plus approfondie ne permet pas d’en rester là. Oui, il y a de la passion, une passion brûlante, concentrée, dans cet audacieux manifeste révolutionnaire; mais qu’on n’aille pas s’imaginer qu’il soit une improvisation hâtive, le jet irréfléchi d’une âme livrée sans défense à une exaltation délirante. Toutes ces visions, toutes ces extases, tout ce fantastique, tout est pesé, calculé, prévu, combiné avec un très grand art: une symétrie vraiment savante relie toutes les parties du livre. Le nombre sept est partout et domine tout : il y a sept archanges, sept esprits, sept églises, sept sceaux, sept trompettes, sept coupes, sept plaies, et je ne sais combien d’autres sept. Très régulièrement le septième sceau engendre les sept trompettes, la septième trompette les sept coupes, la septième coupe le dénoûment attendu. Régulièrement aussi, ces septuples séries sont séparées par des intermèdes ou des préludes. Il s’en trouve surtout entre le sixième et le septième nombre de chaque groupe. Telle image, telle expression qui nous saisit par son originalité vigoureuse, sa forte couleur, n’est pourtant qu’un emprunt fait à quelque ancien prophète, Daniel, Ésaïe, Jérémie. Le livre est