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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/628

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a paru dans sa tranquillité sereine, un ange convie tous les oiseaux de proie qui volent sous les cieux à venir se rassasier des innombrables cadavres qui vont joncher la terre. La bête et son faux prophète sont saisis et jetés vivans dans l’étang de soufre et de feu, où ils resteront éternellement.

Alors commence le « règne de mille ans, » idée rabbinique qui n’a cessé de rencontrer des sympathies dans l’église chrétienne, et qui provient originairement de, ce que, dans le langage religieux du messianisme juif; on appelait « le jour du Seigneur» le temps de la perfection et du bonheur promis aux fidèles, et que dans un psaume il est dit « qu’un jour est au Seigneur comme mille ans. » L’auteur de l’Apocalypse partage pleinement cette croyance, et prévoit une période millénaire pendant laquelle Satan sera lié et plongé dans l’abîme, tandis que les apôtres, les saints, les martyrs, ceux qui ont résisté à la bête, ressuscites les premiers, régneront paisiblement avec le Christ sur la terre purifiée.

Mais, quand les mille ans sont écoulés, Satan est délié, — pourquoi? on ne le dit pas,— et va rassembler aux quatre coins du monde Gog et Magog, en qui certains réactionnaires de nos jours ont cru reconnaître les démagogues d’aujourd’hui. Pour le critique sérieux, Gog et Magog désignent dans la langue des prophètes les hordes scythes et germaines, dont on n’avait alors qu’une idée encore bien vague, mais dans lesquelles de très bonne heure on discerna comme une menace à lointaine échéance, mais permanente, à l’adresse de la vieille civilisation. Ces multitudes, soulevées par Satan, viennent entourer le camp des saints et la ville bien-aimée, Jérusalem, capitale du royaume millénaire; mais le feu du ciel les dévore, et le diable est jeté, cette fois pour toujours, dans l’océan de feu, où l’attendaient depuis mille ans ses vieux amis, la bête et son prophète. Évidemment nous nageons ici en pleine spéculation apocalyptique, et il serait inutile d’en rechercher la confirmation dans les faits de l’ordre réel.

C’est après cette défaite absolue, définitive, du mal et de l’erreur que s’opère la résurrection universelle et que se tiennent les grandes assises du jugement dernier. Le prophète a vu un ciel nouveau et une terre nouvelle. Il n’y avait plus de mer, cet élément ayant toujours été, paraît-il, antipathique aux enfans de la Judée. Du ciel est descendue la nouvelle Jérusalem, dans laquelle Dieu et le Christ habiteront avec les justes, où il n’y aura plus ni mort, ni larmes, ni lamentations, ni tristesse. C’est la fiancée du Christ, parée comme pour le jour de ses noces. Le voyant en décrit avec complaisance les dimensions, les merveilles, les murs de diamant, les maisons d’or pur, les douze portes qui sont autant de perles d’une colossale grosseur. Un beau trait au milieu de cette exubérance d’imagination,