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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/622

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« Je regardai encore, et un cheval pâle parut. Son cavalier s’appelait la Mort, le sépulcre suivait, et le pouvoir lui fut donné de faire périr le quart des habitans de la terre par l’épée, par la famine, par la mortalité et sous la dent des bêtes féroces. »


Il n’y a encore là rien de bien spécial à l’histoire du temps où vivait l’auteur, bien qu’il fasse déjà allusion à certaines calamités qui avaient marqué les années précédentes; mais tout cela n’est encore que préparatoire. Il en est de même des cris d’impatience des martyrs dont le sang crie vengeance, et des ébranlemens célestes qui font que le soleil s’obscurcit, que la lune devient sanglante, et que « les étoiles tombent à terre comme les figues d’un figuier secoué par le vent. » C’est ainsi que d’autres prophètes avaient déjà décrit de grandes révolutions historiques. Tout ce qui précède est contenu dans les premiers sceaux; mais, au moment où le septième allait être ouvert, un temps d’arrêt a lieu, que les anges mettent à profit pour marquer au front les israélites fidèles du signe qui les préservera de l’épouvantable tribulation qui s’apprête. Ici encore le caractère juif-chrétien de l’auteur se révèle. Les élus forment sans doute une grande multitude de toute nation et de toute langue, mais cette multitude est subordonnée aux 144 (12 x 12) mille Israélites que les anges ont désignés comme dignes du salut parmi les douze tribus d’Israël.

Le septième sceau s’ouvre donc enfin; mais, s’il contient le dénoûment, il renferme bien autre chose encore, et il est visible que dans le procédé calculé de l’auteur d’éloigner ce dénoûment au moment où il semblait que rien ne devait plus le retarder, il y a un rapport très ingénieusement figuré avec cette attente apocalyptique depuis si longtemps excitée, qui se croyait toujours à la veille de la fin des choses, et qui ne savait pas qu’il y avait encore des décrets divins qui devaient être exécutés avant que « les temps fussent accomplis. » Le septième sceau ouvert, une demi-heure se passe dans le silence, après quoi le prophète, voit défiler les sept archanges, munis chacun d’une trompette. Chacun d’eux en sonne à son tour, et nous assistons à une répétition des plaies d’Egypte qui frapperont un tiers de la terre. Nous devons toutefois signaler la transformation que subit la plaie dite des sauterelles. C’est la cinquième trompette qui les évoque. Elles sortent en foule du puits de l’enfer, semblables à une épaisse fumée, et c’est bien ainsi que ce fléau s’annonce de loin dans les plaines de l’Orient. Mais voici que ces sauterelles prennent la face humaine, et à leur corps de chevaux préparés pour la bataille, à leurs cuirasses de fer, à leurs