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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/564

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inexpérience de celui-ci cessera de s’afficher pour ne laisser voir que les témoignages d’une verve que la science conseille, et qu’elle règle sans la régenter : sous le crayon de celui-là, la sécheresse et la timidité primitives aboutiront à une manière un peu grêle encore, mais où l’esprit, la grâce facile, la clarté des intentions et du style rachèteront ce qui pourra manquer du côté de la force ou de la grandeur.

L’esprit, la netteté dans le choix et dans la forme des expressions, ne sont-ce pas là en effet les qualités qui distinguent en général les œuvres d’Horace Vernet et particulièrement les lithographies qu’il a laissées? Serait-on fort bien venu d’ailleurs à regretter ici des qualités d’un autre ordre, et la nature des sujets traités ne justifie-t-elle pas de reste, n’excuse-t-elle pas tout au moins ces inspirations modestes, ces familiarités de l’exécution? Si, en dessinant des scènes militaires contemporaines, l’artiste eût prétendu en dégager la signification héroïque, si, à l’exemple de Géricault et de Charlet dans ses premières lithographies, il se fût proposé de consacrer les souvenirs de nos victoires ou de nos désastres, certes on aurait le droit d’être plus exigeant envers lui : on pourrait souhaiter à juste titre que son talent eût des allures moins lestes, des coutumes moins expressément spirituelles, pour tout dire enfin, une physionomie moins gaie; mais le plus souvent Vernet ne veut que nous raconter les anecdotes de la vie militaire, nullement en écrire l’épopée. Nos soldats, au moment où il nous les montre, ont quitté le champ de bataille pour la caserne ou la guinguette, les rudes labeurs pour le repos, quelquefois même pour les galanteries de rencontre ou les ruses de la maraude. Quoi de plus naturel dès lors, quoi de plus opportun dans la représentation de scènes semblables, qu’un art léger et de bonne humeur? Le difficile seulement pour l’artiste sera de savoir s’arrêter à temps, de ne pas trop insister sur le sens et sur l’apparence comiques des choses, de laisser percer la pointe d’ironie qui convient, en se gardant, aussi bien dans les intentions que dans les formes, de l’excès et de la caricature. Ces petites pièces, connues de tout le monde, qui reproduisent tantôt les premières aventures et les délassemens ingénus du conscrit, tantôt les mœurs du soldat rompu de longue main aux bons tours de garnison comme aux exigences du service, ces gentils croquis tracés d’un crayon si rapide, si finement expressif pourtant et si net, prouvent assez qu’Horace Vernet excelle, en pareil cas, à observer la mesure entre l’insuffisance et l’abus.

Mince talent, dira-t-on, que celui qui, se dépensant ainsi en menus propos, n’a d’autre fin que de nous intéresser un moment à des souvenirs de corps de garde ou à des épisodes de chasse, à l’image