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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/553

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à essayer de lever ou même de secouer trop fortement ce frêle appareil.

Heureusement, pour constituer l’union des esprits libéraux, rien de pareil n’est nécessaire. Précisément parce que nous avons fait l’épreuve de presque toutes les formes possibles de gouvernement, nous avons appris par la comparaison qu’aucune n’est tout à fait essentielle à la liberté, aucune non plus complètement incompatible avec elle. Nous avons gémi sur plus d’une tyrannie républicaine, comme nous avons vu fleurir plus d’une liberté sous le droit divin. L’expérience fort coûteuse qui a fait passer au creuset des révolutions toutes les sortes d’institutions imaginables nous a permis de dégager, si l’on ose ainsi parler, les conditions élémentaires et comme les degrés minimum de température et de pression atmosphérique sous lesquelles la liberté peut se produire. Ce minimum se réduit, je crois, à des termes très simples auxquels toute constitution, celle de 1852 comme toute autre, peut aisément se prêter.

Toute constitution en effet qui ne veut être ni la tyrannie avouée ni l’anarchie pure (or quelle constitution n’a la prétention d’éviter ces deux extrêmes?) fait toujours, au moins en apparence, deux parts dans la direction des affaires politiques d’une nation. Elle en réserve une à l’intervention du pays lui-même, appelé à se prononcer par un mode d’élection quelconque ; une autre est laissée à la discrétion du gouvernement, sur quelque principe qu’il soit établi. Ce partage est l’essence même de toute constitution, car si la nation n’était consultée sur rien, elle serait ouvertement asservie; si le pouvoir n’avait le droit de rien décider, toute autorité serait mise à néant et toute force manquerait à la loi..

Ces deux élémens sont donc toujours, au moins nominalement, en présence. Or du moment qu’ils existent, dans quelque mesure qu’ils soient répartis et quelque proportion qu’on ait établie entre eux, la liberté peut s’en emparer : il suffit qu’elle exige chez l’un la sincérité et qu’elle impose à l’autre le contrôle de la discussion et le frein de la responsabilité. Si petite que soit la part faite à l’intervention du pays, pourvu que cette intervention soit sincère et que ce soit réellement le pays qui l’exerce par ses véritables organes, c’est un germe que la liberté peut couver patiemment, en attendant de l’avenir l’éclosion inévitable. Une chambre sincèrement élue, quelles que soient d’ailleurs ses attributions, c’est la liberté dans la place. Fiez-vous, pour s’y loger à l’aise, à son invincible élasticité. Si faible que soit l’organe laissé à la voix du pays, si le son en est pur, la liberté lui trouvera des échos. Si grande d’autre part que soit la puissance discrétionnaire laissée par la loi au gouvernement, si l’usage de cette puissance peut être librement discuté, et si ceux