Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/552

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


toutes les objections et en préparant réponse à tout, qu’on peut arriver à convaincre un lecteur français que, si les communes étaient libres de s’administrer à leur gré, elles n’enverraient pas à nos armées des recrues animées d’un sentiment moins national, que si nos cours impériales dépendaient moins étroitement du garde des sceaux, elles n’en appliqueraient pas moins le code civil, et ne songeraient nullement à faire revivre les droits coutumiers, que des établissemens d’instruction assujettis à un régime moins uniforme n’enseigneraient ni le picard ni le breton au lieu de la langue de Bossuet et de Racine, — en un mot que le corset qui enserre les membres de la France n’est pas son corps, encore moins son âme, et qu’on en peut relâcher les mailles sans porter atteinte à l’unité même de l’être moral.

Ainsi émancipation de l’individu, substitution du concours de plusieurs autorités indépendantes à l’unité hiérarchique qui a tout jusqu’ici, telles sont déjà les deux vastes tâches qui s’offrent à l’action commune des partis libéraux ; ce sont deux faces de la liberté que nous pouvons tous envisager du même œil. Je le sais bien pourtant, ce n’est pas tout : au-dessus de l’individu émancipé, de la commune ou de la province restaurée, à côté de la justice et de la religion rendues à l’indépendance, il y a encore, — il faut bien en venir là, — ce qui proprement s’appelle gouvernement. Si réduites que soient la part de l’état et dans l’état celle du pouvoir central, encore faut-il que ce pouvoir existe. Si libres qu’on fasse les membres, encore, pour vivre et se tenir debout, leur faut-il une colonne vertébrale et une tête. C’est ici que prennent naissance ces débats constitutionnels de funeste mémoire qui ont fait couler tant de sang et noirci tant de papier sans que nous soyons, après soixante ans, plus avancés que le premier jour. Quel doit être, dans l’origine ou l’exercice de la souveraineté, le rôle du principe de l’élection ou de tel autre, celui de l’hérédité par exemple? Quels rapports le pouvoir qui fait les lois doit-il soutenir avec celui qui les exécute? Faut-il un ou deux corps législatifs issus d’origine diverse ou pareille? Questions sur lesquelles tout homme qui réfléchit a son parti pris, mais dont la discussion tant de fois renouvelée a laissé dans les esprits de la foule plus d’éblouissement que de lumière, questions toujours brûlantes pourtant, pleines d’émotions et de tempêtes. Proposons-nous de les ressusciter, on dirait des-blessures toujours saignantes dont on ne peut approcher la main sans que les chairs frémissent. Ces plaies sont aujourd’hui plutôt bandées que fermées par une constitution qui, au mérite déjà grand d’être toute faite et d’exister, joint celui de n’avoir pas la prétention d’enchaîner définitivement l’avenir. Il y aurait des dangers de plusieurs sortes