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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/539

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étroites auxquelles correspondent toujours autant de restrictions sous-entendues.

Précisons davantage. Quel est-il, ce terrain élevé et commun de liberté sur lequel ont pu se rencontrer, en se tendant la main, des hommes qui jusque-là n’avaient pu s’approcher sans se combattre? Les rédacteurs de Varia et de Francs Propos ne se vantent pas de l’avoir découvert, et ils ont raison : s’ils étaient seuls à s’y placer, personne probablement ne les y suivrait. Tout leur mérite est d’avoir marché d’un pas plus résolu que d’autres dans une voie ouverte déjà par beaucoup de bons esprits, et vers laquelle se portent de plus en plus les regards de la foule. Leur programme n’est autre chose que l’application prudente, mais hardie, de ce qu’on nomme par une expression très impropre la décentralisation administrative. C’est là même, je crois, le titre d’une brochure qui pourrait bien sortir de la même officine que Varia, et qui en reproduit les traits principaux [1]. C’est dans cette idée de décentralisation largement conçue et poursuivie sous toutes ses faces qu’ils ont cherché leur élément de conciliation et le but libéral de leurs efforts communs.

Je dis que l’expression est impropre, parce qu’elle est à la fois vague et étroite, parce qu’elle ne rend qu’une partie de leur pensée, et celle-là même très imparfaitement. A ne considérer que l’étymologie du mot, on devrait croire qu’il ne s’agit que de quelques règlemens de bureau à modifier, de quelques questions de voirie, de biens communaux ou d’usines à transporter du ministre de l’intérieur au préfet ou bien au maire, tout au plus d’un amoindrissement de la capitale à préparer au profit du département ou des communes. Les rédacteurs de Varia au contraire, sans être insensibles en leur qualité d’enfans de la province à ce côté pratique de leur entreprise, jugent pourtant non sans raison que le vœu public encore mal défini qui appelle instinctivement la décentralisation sans bien savoir ce qu’il demande et sans bien se comprendre lui-même a une tout autre portée. C’est l’expression d’un malaise plus profond qui réclame un remède plus radical. Décentraliser, suivant eux, ce n’est pas seulement faire passer le pouvoir du fonctionnaire qui réside à Paris à celui qui réside à Metz ou à Strasbourg, ce n’est pas même étendre les prérogatives des conseils-généraux aux dépens des préfets, ni celles des municipalités aux dépens des maires, c’est porter la cognée beaucoup plus avant dans les racines de l’arbre administratif. Décentraliser, ce n’est rien moins que soumettre à une révision générale les rapports journaliers de l’état et des citoyens, c’est établir entre les pouvoirs publics

  1. Décentralisation administrative, etc., Paris et Metz 1863.