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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/501

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LES DEBUTS
D'UN
POETE HUMORISTE

LES TRAGEDIES DE HENRI HEINE

Que devient l’Allemagne? nous dit-on. La politique a-t-elle absorbé toutes ses forces? Les énigmes des chancelleries suffisent-elles à ce peuple de lettrés, qui se plaisait jadis aux contemplations sublimes? Est-ce la lutte de la Prusse avec son roi, la lutte de la chambre et du ministère qui est la préoccupation du philosophe ou de l’historien? Est-ce le rajeunissement inattendu de l’Autriche qui tient en suspens l’inspiration du poète? N’y a-t-il plus d’œuvres à signaler dans le domaine des choses idéales, plus de ces théories audacieuses qui croient soulever le voile de l’infini, plus de ces rêveries ardentes qui montent vers l’empyrée et nous rapportent quelque chose des printemps éternels? Ces demandes inquiètes ne sont que trop justifiées. Le temps est loin où l’Allemagne voyait ses glorieux enfans, poètes ou philosophes, s’élever d’un même essor aux sphères les plus hautes de la pensée et de l’art. Il est manifeste que la force créatrice languit. La critique seule maintient encore ses droits et continue de représenter le travail des peuples allemands.

Je prends ce mot de critique dans un sens très général. Histoire, archéologie, investigation du passé le plus lointain comme de celui auquel nous touchons encore, en un mot étude de l’homme dans toutes les phases de son existence, de l’homme public et de l’homme privé, de l’homme intérieur et de l’homme du dehors, voilà, depuis