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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/398

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mentée par les séances que donne son directeur, est une petite fontaine de morale pratique, qui coule sans aucun effort, et qui rachète son origine suspecte par la parfaite banalité de ses leçons.

Ce n’est point que M. Kardec, en renonçant aux fantasmagories de M. Home, renie les origines du spiritisme; il défend vivement les tables tournantes contre les interlocuteurs de ses dialogues. « Ne se pourrait-il pas, dit l’un de ceux-ci, que les tables fussent préparées? — Il faudrait, dit M. Kardec, un mécanicien bien ingénieux pour leur faire faire tout ce qu’elles font, et jusqu’à présent on ne connaît pas le nom de cet habile fabricant, qui devrait cependant avoir une bien grande célébrité, puisque ses appareils sont répandus dans les cinq parties du monde! — Mais, ajoute l’interlocuteur, un célèbre chirurgien a reconnu que certaines personnes peuvent, par la contraction d’un muscle de la jambe, produire un bruit pareil à celui que vous attribuez à la table : d’où il conclut que vos médiums s’amusent aux dépens de la crédulité publique. — Quelle robuste envie de mystifier il faudrait avoir, répond encore M. Kardec, pour faire craquer son muscle pendant plusieurs heures de suite, quand cela ne rapporte rien que de la fatigue et de la douleur! Sans compter que le muscle craqueur n’expliquerait que bien peu des phénomènes observés ! — Vous voyez pourtant que la mode des tables tournantes est passée. — C’est qu’il en est sorti toute une doctrine, et que le spiritisme, après une période de curiosité enfantine, est entré dans le domaine des gens sérieux. »

Cependant le directeur de la Revue spirite n’attache à ces phénomènes primitifs qu’un intérêt médiocre; il n’accorde que peu d’attention aux faits physiques, aux coups frappés, aux mouvemens des corps. Il ne paraît pas tenir beaucoup non plus aux médiums qui dessinent sans connaître les élémens du dessin ou qui jouent du piano sans avoir jamais appris la musique. Le médium écrivain, voilà sa spécialité. Il y a d’ailleurs deux variétés de médiums écrivains. « L’esprit agit quelquefois directement sur la main du médium, à laquelle il donne une impulsion fébrile, tout à fait indépendante de la volonté, et sans que celui-ci ait aucunement conscience de ce qu’il écrit : c’est le médium écrivain mécanique. D’autres fois l’esprit agit sur le cerveau; sa pensée traverse celle du médium, qui alors, bien qu’écrivant d’une manière involontaire, a une conscience plus ou moins nette de ce qu’il écrit : c’est le médium intuitif; son rôle est exactement celui d’un truchement transmettant une pensée qui n’est pas la sienne et que pourtant il doit comprendre. Quoique dans ce cas la pensée de l’esprit et celle du médium se confondent quelquefois, l’expérience apprend facilement à les distinguer. »

Ce qui importe surtout, c’est de distinguer les esprits entre eux