Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/385

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


recevait. Un docteur lui écrit : « Mon cher monsieur, je voudrais bien qu’il vous plût de me faire une visite, pour mon instruction et celle de quelques intimes, à votre loisir ou à votre première liberté. Je paierai toutes vos dépenses de voyage, aller et retour, celles de votre séjour parmi nous, et vous donnerai une rémunération de 5 dollars par jour, soit 50 pour les dix jours que vous nous resterez... Si mes offres n’étaient pas satisfaisantes, je vous saurais gré de nous indiquer vos propres conditions. » M. Home se hâte de répondre à ce grossier Yankee qu’il n’est pas un médium à gages, et qu’il viendra sans être payé.

Dans les premiers temps de « sa vie publique, » il avait songé à refaire son éducation, qui avait été fort négligée, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même, à cause de sa mauvaise santé. La médecine l’attirait, et plusieurs fois, en venant à New-York, il annonça l’intention d’entreprendre sérieusement des études médicales; mais tantôt il en fut empêché par la maladie, car dès lors les médecins constataient qu’il avait un poumon fort endommagé, et il tombait par intervalles dans de grandes faiblesses; tantôt les exigences du rôle qu’il jouait l’entraînaient à de nouveaux voyages. M. Home ne manque point d’ailleurs de se louer des divers obstacles qui ont entravé son instruction, et il y voit le signe d’une élection particulière : les vaines notions d’une science positive ne peuvent que gêner la vie surnaturelle. Bientôt donc il renonça à tout ce qui n’était pas « sa grande affaire. »

Ainsi, pendant cinq années, de 1851 à 1855, il alla à travers l’Amérique, faisant tourner les tables et évoquant les esprits. Il perfectionnait pendant ce temps ses procédés et étudiait les pratiques les plus propres à frapper les imaginations, si bien que lorsqu’au mois de mars de l’année 1855 il s’embarqua à Boston pour se rendre en Angleterre, il était en possession d’un programme d’opérations savamment combiné et qui ne devait pas laisser de causer un certain émoi dans la vieille Europe. Dès son arrivée dans l’ancien continent, M. Home parcourut l’Angleterre, l’Italie, la France, la Hollande, l’Allemagne, la Russie, partout appelé par les hautes classes de la société, richement défrayé de ses voyages, ne faisant en chaque endroit que de courts séjours, frappant de grands coups par des séances décisives.

Rien de plus uniforme d’ailleurs que ces séances, dont les récits, rédigés et certifiés par une foule de témoins, remplissent le livre des Révélations. Huit ou dix personnes sont réunies dans un salon, le plus souvent à la campagne, le soir, par un clair de lune. Point de lumières, ou, s’il le faut, une lampe discrète. On a écarté soigneusement les gens de mauvaise volonté, car c’est une chose reconnue que les esprits éprouvent les plus grandes difficultés à opérer dans un