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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/373

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donnés par les particuliers; 5° les ouvrages acquis au moyen des ressources propres à la bibliothèque. » Nous sommes fort tranquilles sur les ouvrages donnés par le préfet ou le ministre. Les deux derniers paragraphes ont seuls besoin d’un commentaire, et M. Rouland se charge de le donner dans l’article 6. « Aucun ouvrage ne peut être placé dans les bibliothèques scolaires, soit qu’il provienne d’acquisitions, soit qu’il provienne de dons faits par les particuliers, sans l’autorisation de l’inspecteur de l’Académie. » Il ne faut pas en faire un reproche à M. Rouland : l’administration fonde une bibliothèque ; elle la surveille et la contrôle dans tous ses détails. Cela est naturel, presque nécessaire; c’est la force même des choses. Dans quel esprit l’administration exercera-t-elle son droit de contrôle, ou plutôt, disons le mot juste, son droit de censure? M. Rouland s’est encore chargé de le dire dans sa circulaire aux recteurs du 24 juin 1862; mais peut-être ici peut-on trouver qu’il se fait une idée un peu exagérée de ses devoirs envers le gouvernement : « Les livres qu’on placera dans les bibliothèques scolaires devront, avant tout, dit-il, être empreints d’un véritable sentiment national et d’une grande impartialité; on aura soin d’en écarter tous ceux qui, écrits sous l’impression d’idées préconçues, s’efforceraient de faire tourner l’histoire au profit d’opinions qui doivent chaque jour s’effacer en présence d’un gouvernement dont la pensée ne tend qu’à la satisfaction légitime de tous les intérêts populaires. » Cette définition de l’impartialité mérite d’être retenue comme la plus haute expression du libéralisme administratif. Nous n’avons rien à y ajouter. Elle montre jusqu’à l’évidence que les bibliothèques scolaires sont plutôt un moyen de gouvernement qu’un moyen de civilisation. Cependant nous ne les repousserons pas, nous ne les dédaignerons pas; nous les accueillerons même comme un service, tant est grande notre foi dans la puissance de la liberté, pourvu qu’à côté des bibliothèques religieuses et des bibliothèques gouvernementales il nous soit permis de placer à notre tour des bibliothèques libres.

C’est dans cette intention qu’a été fondée à Paris la société Franklin, qui a pour président M. Boussingault, membre de l’Académie des Sciences, et pour secrétaire-général M. Meyer. Cette société a été autorisée le 19 septembre 1862 par le ministre de l’intérieur. Voici l’article 2 de ses statuts : « La société a pour objet de proposer l’établissement de bibliothèques municipales dans les localités qui en manquent, d’aider de ses conseils celles qui s’organisent, de leur communiquer le catalogue des livres qui méritent d’être recommandés, de les encourager par des dons en livres ou en argent, de se charger pour elles de leurs acquisitions, le tout sans frais, et sans aucune responsabilité à sa charge. Elle ne s’immisce jamais dans