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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/360

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nagemens. Non-seulement ils avaient décrété l’établissement d’une école par commune, mais ils prévoyaient le cas où la population serait trop dispersée et celui où elle serait trop agglomérée. « Il y aura une école primaire dans tous les lieux qui ont depuis 400 jusqu’à 1,500 individus; cette école pourra servira toutes les habitations moins peuplées qui ne seront pas éloignées de plus de 1,000 toises [1]. Les écoles seront distribuées à raison de la population, de telle sorte qu’il y ait une école primaire par 1,000 habitans. Chacune d’elles sera divisée en deux sections, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles. Il y aura en conséquence un instituteur et une institutrice [2]

Nous avons aujourd’hui en France 63,777 écoles primaires. Dans ce nombre sont comprises les écoles publiques et les écoles libres, les écoles de garçons et les écoles de filles. Sur 48,496 écoles publiques, 18,732 sont consacrées aux garçons, 11,836 aux filles. 17,928 écoles reçoivent des garçons et des filles à la fois. Ce nombre d’écoles, à la rigueur, pourrait être suffisant, si toutes les écoles étaient bonnes, et si la population montrait partout un égal empressement à les fréquenter; mais d’abord nous voyons, dans une statistique officielle qui remonte à 1857, qu’il y a, dans les écoles de garçons 19,650 bonnes écoles, 16,867 passables, 3,619 mauvaises, dans les écoles de filles 12,253 bonnes écoles, 9,943 passables, 1,445 mauvaises. Ainsi plus de la moitié de nos écoles ne méritent pas d’être comptées pour bonnes; 5,064 sont décidément mauvaises. Ce n’est pas tout, il faut savoir par quel nombre d’enfans ces écoles sont fréquentées. Le chiffre total pour les deux sexes, à la date que nous venons de citer, était de 3,753,021. 879,611 enfans, c’est-à-dire 1 enfant sur 5, ne recevaient aucune instruction.

Il faudrait que tout le monde sût ce chiffre par cœur. Il y a en France 879,611 enfans, près de 1 million d’enfans qui absolument n’apprennent ni à lire ni à écrire. Que dire maintenant des enfans qui fréquentent l’école? Et d’abord ce mot de fréquenter est-il bien juste? Le maître écrit sur sa feuille tous les enfans présens le jour où il la fait, et il n’est pas fâché d’offrir un beau total à l’admiration de ses supérieurs; le lendemain, il fait un rayon de soleil, on fait sortir les troupeaux de l’étable, la moitié de l’école est aux champs avec eux : écoliers huit jours, bergers le reste de la saison. Ceux qui restent écoutent à peine la leçon; quand les parens sont indifférens, les élèves ne sauraient être attentifs. Savent-ils épeler et, comme on dit dans les campagnes, signer leur nom, vite on les rappelle. Assez de sacrifices comme cela pour la science, il s’agit à

  1. 30 mai 1793.
  2. 17 novembre 1794, articles 2 et 6.