Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/332

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la matière, dans cet abîme sans nom d’où sortent toute forme et tout mouvement, on s’est complu à chercher une force secrète qui, endormie dans le cristal, s’éveillerait dans la plante et dans l’animal. Ainsi les anciens représentaient le dieu Terme avec une tête humaine et un torse sans jambes : vivant par le haut, rocher par le bas, M. Pasteur a fait écrouler un à un tous les fondemens de la séduisante théorie des générations spontanées. Sa critique fine, ingénieuse, précise, appuyée sur des expériences d’une délicatesse admirable, n’en a rien laissé debout. Il a arrêté au passage, touché du doigt, manié, pesé, analysé les germes qui, sans cesse suspendus dans l’atmosphère, donnent naissance à tant d’êtres dont la génération avait longtemps paru équivoque. Les résultats de ces curieuses recherches ont été consignés dans un Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans l’atmosphère. L’historique de la doctrine des générations spontanées est présenté d’abord dans ce petit volume. Il nous apprend que cette théorie, de notre temps instinctivement repoussée par la philosophie spiritualiste, a été admise sans conteste par toute l’antiquité et par le moyen âge. La distinction entre le monde organique et le monde inorganique n’avait pas autrefois la précision qu’elle a acquise de notre temps. La science, en définissant rigoureusement les objets, soulève en réalité autant de problèmes qu’elle en résout. On a, il est vrai, toujours distingué la substance matérielle du principe de l’âme; mais l’antiquité n’avait pas creusé un gouffre entre la matière vivante et la matière inanimée. La découverte du microscope rajeunit en quelque sorte la doctrine de la génération spontanée : elle ouvrit aux observateurs tout ce monde confus et agité des êtres qui se développent dans les infusions de substances animales ou végétales. Un prêtre catholique anglais, Needham, publia en 1745 à Londres un ouvrage où, sans crainte apparemment de blesser l’église, il appuya la théorie d’expériences directes et systématiques. Il observa le développement d’animaux microscopiques dans des solutions enfermées en vase clos; il avait soin de soumettre préalablement ces solutions à l’action du feu, pour y détruire les germes que l’on pouvait croire attachés ou aux substances mêmes, ou aux parois, ou flottans dans l’air du vase. Buffon adopta les vues de Needham, et sa grande autorité leur donna promptement la popularité. Pendant quelque temps, l’école de Bonnet, qui s’attachait à la doctrine de la préexistence des germes, n’eut rien à répondre au grand naturaliste. Un abbé italien, l’un des plus habiles physiologistes de l’époque, Spallanzani, fournit bientôt à la cause qui semblait vaincue des argumens qui firent passer la victoire de son côté, et qui, presque jusqu’à nos jours, ont semblé décisifs. Il fallait cependant qu’il y eût un point faible, un défaut de la cuirasse, dans la mé-