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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/320

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brisés. « Le chien qui lutte et se tourmente finit par rompre une maille et par s’échapper; mais il traîne après lui dans sa fuite un long bout de sa chaîne. » Alors, dans une vive apostrophe à la jeunesse romaine, il résume les plus grands principes du stoïcisme en quelques vers remarquables que saint Augustin admire et transcrit comme un abrégé de la morale. Les pères de l’église latine ont beaucoup lu Perse, ils le citent volontiers, et quelquefois, sans le citer, ils se servent de ses expressions, le poète ayant résumé avec bonheur les maximes du Portique qui paraissaient avoir plus d’un rapport avec les principes moraux du christianisme. Dans les premiers temps de l’église, les écrivains ecclésiastiques ne dédaignaient point la philosophie; ils se liguaient souvent avec elle, et saint Jérôme ne faisait pas difficulté de dire : « Les stoïciens sont presque toujours d’accord avec nos dogmes, stoici in plerisque nostro dogmati concordant. » L’illusion était naturelle, et quand on fit par exemple ces vers de Perse sans trop approfondir le sens stoïque de chaque mot, on croit lire des vers chrétiens : «Instruisez-vous, malheureux, étudiez les lois de la nature. Sachez ce que nous sommes et dans quel dessein nous avons été mis dans le monde, quel est l’ordre établi, comment dans la carrière de la vie il faut avec précaution tourner la borne et revenir au point de départ,... dans quelles limites on peut désirer, à quoi sert la monnaie reluisante, ce qu’on doit faire pour sa patrie et pour sa famille, ce que Dieu a voulu que vous fussiez sur la terre et quel rang il vous a donné dans la société humaine. »

Disciteque, o miseri, et causas coguoscite rerum :
Quid sumus, et quidnam victuri gignimur ; ordo
Quis datus………………
……………… Patricæ carisque propinquis
Quantum elargiri deceat; quem te Deus esse
Jussit, et humana qua parte locatus es in re.

Si à la place de ce dieu vague et mal défini du Portique on mettait un dieu personnel, si à cette loi immuable, à cette nécessité plus ou moins aveugle, qui est la puissance suprême du panthéisme stoïcien, on substituait la Providence divine, ces beaux vers, par le fond, la forme et le ton, pourraient passer pour des vers inspirés par le christianisme, et du reste, tels qu’ils sont, ils ont mérité d’être adoptés par lui.

Ces enseignemens ordinaires du stoïcisme sont renouvelés dans les satires de Perse par une foi énergique et une sincérité vivante. Veut-on savoir jusqu’à quel point le poète les aime, voyez comme il les défend quand on les attaque. Il ne manquait pas de gens à