Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/314

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mais qui au fond de son cœur, et d’une voix inintelligible, ne forme que des vœux ignobles. « Sagesse, honneur, vertu, voilà ce qu’on demande tout haut, pour être entendu du voisin; mais voici la prière qu’on fait en dedans et qu’on murmure entre ses lèvres : « Oh! s’il m’était donné de voir le magnifique convoi funèbre de mon oncle!... Si mon pupille, dont je suis le plus proche héritier, et que je serre de près, pouvait recevoir son congé! Car enfin ce serait un bonheur pour lui : il a des ulcères, la bile l’étouffé et le ronge... » Eh bien! c’est pour faire de pareils vœux, pour les faire bien dévotement, que vous allez le matin plonger la tête dans le Tibre deux fois, trois fois, et purifier vos nuits dans l’eau courante. » Perse, là-dessus, interpelle ce pieux personnage : «Ah çà! dites-moi donc un peu, pour qui prenez-vous Jupiter?» Ces vers sont pleins de force et d’esprit, mais d’un esprit qu’il faut souvent un peu chercher. N’est-ce pas une chose bien observée que le ton doux et charitable de ces vœux meurtriers? Le bonhomme désire la mort de ses parens, mais pour leur bien. On aura la délicatesse de faire à l’oncle de belles funérailles! Ce pauvre pupille, chétif qu’il est, sera plus heureux quand la mort l’aura délivré de sa maladie! Tartufe n’eût pas mieux dit, lui qui sait si bien

... Rectifier le mal de l’action
Avec la pureté de son intention.


Cette polémique religieuse de Perse a de la portée, et n’est pas seulement un jeu d’esprit poétique : ce sont les principes d’une haute philosophie, d’une morale pure, opposés aux pratiques niaisement criminelles de la dévotion païenne. Ainsi parlaient Socrate et les chefs des grandes écoles que nous citerions volontiers ici, s’il ne valait mieux montrer, pour faire honneur à Perse, que ces beaux vers ont encore le mérite de devancer les enseignemens de nos orateurs sacrés. Bourdaloue ne semble-t-il pas avoir présente à l’esprit cette satire de Perse, quand il dit : « Un des désordres des païens, si nous en croyons les païens eux-mêmes, c’était de recourir à leurs dieux et de leur demander, quoi? ce qu’ils n’auraient pas eu le front de demander à un homme de bien... Cela nous semble énorme, insensé; mais en les condamnant n’est-ce pas nous-mêmes que nous condamnons? » Fénelon dira : « Ne prétendez pas rendre Dieu le protecteur de votre ambition, mais l’exécuteur de vos bons désirs. » Qu’on nous permette de faire un rapprochement plus singulier et plus curieux de Perse avec Bossuet, dont la brusquerie sublime et la familiarité hardie savent donner quelquefois à une sainte éloquence les allures de la satire. N’est-il pas en effet un grand satirique, Bossuet, quand il fait entendre les prières intéressées des