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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/295

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UN
POÈTE STOÏCIEN

LES SATIRES DE PERSE.

Nous voudrions intéresser le lecteur à un poète latin que peu de personnes ont le courage d’aborder, dont le langage trop dur et difficile à pénétrer repousse souvent la curiosité la plus intelligente et la plus résolue, et qui mérite pourtant de devenir le sujet d’une grave étude, non pas seulement à cause de son talent incontesté, mais pour avoir été le disciple passionné d’une grande philosophie, le censeur mélancolique de la corruption universelle sous le règne de Néron, l’interprète ardent et candide de la plus noble société romaine, de cette héroïque élite de philosophes et de politiques où s’était réfugiée, comme en un dernier asile, la conscience du genre humain. Sans prétendre explorer et traverser en tous sens les profondeurs de cette poésie obscure, hérissée et touffue, nous voudrions du moins y ouvrir quelques chemins praticables qui permettent à chacun de voir ce qu’il y a de grandeur austère et de sincère tristesse dans ces œuvres poétiques trop doctrinales, mais dont la monotonie ne manque pas d’une certaine majesté. On a beaucoup écrit sur Perse, et son petit livre est comme opprimé par les commentaires, qui malheureusement ne sont pas superflus. Les uns l’ont exalté sans mesure et l’ont loué en raison des peines qu’il leur a coûtées, d’autres l’ont décrié avec la légèreté et l’injustice de l’impatience; le grand nombre a trouvé plus commode de le vanter à tout hasard que de chercher à le comprendre. Pour nous, nous ne pouvons lire qu’avec sympathie et respect un livre où non--