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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/288

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paludéenne, les nénufars, les roseaux, les typhas, les sparganiums, la nombreuse famille des potamogétons, etc. A l’automne, les débris des feuilles descendent au fond des étangs, et y forment au bout d’un certain temps une couche tourbeuse plus légère que l’eau. Bientôt quelques parties s’en détachent, et, soulevées par les gaz qui se dégagent des détritus végétaux, viennent surnager à la surface. Ces petits îlots flottans ne tardent pas à être envahis par la végétation aquatique, qui ne craint pas l’humidité, mais dont les graines ne lèvent pas sous l’eau : ce sont différentes sortes de carex, le menyanthès aux feuilles trilobées, la caltha aux belles fleurs d’or, certaines graminées et même quelques arbrisseaux, des myricas, des saules et de jeunes pousses d’aulne. Ces îles flottantes s’appellent dryftillen en Frise, rietzoden en Hollande. Sous l’impulsion du vent, elles se réunissent et forment ainsi des plaines verdoyantes portées par les eaux. Les habitans se hâtent de s’emparer de ces alluvions d’un nouveau genre que la nature ajoute à leur domaine. Ils y fauchent du foin et y envoient paître les vaches, qui savent éviter avec un instinct sûr les endroits trop faibles pour les porter, Veut-on fumer la prairie mouvante, rien de plus facile : on creuse un trou dans la croûte végétale et on retire du fond du lac la boue qu’on répand sur le sol. On parvient même ainsi à cultiver des pommes de terre en bêchant la superficie, qu’on engraisse avec des débris végétaux et limoneux. Seulement il faut avoir soin d’attacher solidement son champ au rivage, sinon le vent le pousse à l’autre bord, et alors peuvent surgir de difficiles questions de droit, car il faudra décider si les dryftillen, terrain mobile, sont, oui ou non, chose mobilière. On cite l’exemple d’un procès né au sujet d’une île flottante qui était allée s’attacher au rivage opposé du lac, emportant avec elle un troupeau de vaches, la seule propriété que le juge finit par attribuer à l’ancien possesseur. Les étés très secs sont un autre danger, et plus sérieux, pour ceux qui exploitent les dryftillen. Quand, par suite de la sécheresse, l’eau vient à baisser, la couche de gazon qui la recouvrait baisse avec elle jusqu’à ce qu’elle arrive à reposer sur le fond. Alors, si les plantes ont le temps d’y adhérer, la prairie est perdue : elle ne se soulève plus avec l’eau qui monte et qui la recouvre. Dans les étangs peu profonds, on tire parti de cette circonstance. Là où l’on a seulement extrait une mince couche de tourbe, il se forme nécessairement une mare, car le niveau du sol ne dépasse celui des eaux que de quelques centimètres. C’est cette mare qu’il s’agit de rendre à la culture. Voici comment l’on s’y prend. Le propriétaire achète une certaine étendue de terre flottante, puis se place dessus armé d’une grande perche, et amène l’îlot qu’il vient d’acquérir sur la place