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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/27

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au soir... Mais s’ils réclament une augmentation de loyer, je vous le dis en toute vérité, il m’est impossible d’y suffire...

— C’est une indignité que la conduite de Fred et de sa femme... Vous mettre dans une situation pareille!...

— Un instant, dit Nettie posant sa main sur mes lèvres avec une familiarité que je trouvai fort douce... Pas un mot de plus sur ce sujet, ou nous nous querellerions infailliblement... Ceci me regarde et ne regarde que moi... »

Et comme je protestais contre cette assertion que les circonstances rendaient si singulière : « Ah ! oui, c’est vrai, me dit-elle avec une légère nuance de dédain... A la rigueur cela vous regarde aussi;... mais vous, vous n’êtes qu’un homme... »

Et sur ce mot, qu’accompagnait un regard étincelant, je restai pour ainsi dire atterré. Sous ces allures impérieuses, sous ces caprices un peu hautains, comment retrouver la douceur résignée qui me semblait l’attribut indispensable de son rôle? Obéissait-elle donc à un pur instinct, comme celui des chiens de Terre-Neuve? ou bien se plairait-elle par-dessus tout à faire prévaloir sa volonté tyrannique ?

« Pas de discussion, reprit-elle d’une voix quelque peu radoucie, et parlons de Fred, que je vois en assez mauvais train. La sotte existence qu’il mène finira par lui déranger le cerveau. Bizarre phénomène qu’un homme capable de tant de choses accepte une vie pareille !... Je suis quelquefois tentée de le prendre au collet et de le secouer un peu en lui demandant à quoi il pense;... mais ce serait peine perdue... Et à propos que lui avez-vous dit hier au soir?

— Peu de chose, ou presque rien... en comparaison de ce que j’aurais voulu lui dire... Le voir s’établir ainsi chez vous, déranger, souiller cet appartement qui est le vôtre !... »

Je ne sais au juste quelle expression avaient mes paroles, mais Nettie leva en ce moment les yeux sur moi, et il me sembla que ses joues s’animaient... Peut-être était-ce de la colère en songeant aux souvenirs que j’évoquais.

« Merci, me dit-elle en m’offrant sa petite main. Il est beau de prendre ainsi les intérêts des absens... Maintenant laissez-moi descendre, ajouta-t-elle, voyant que je retenais comme malgré moi cette main mignonne... Bien que nous soyons en quelque sorte frère et sœur, on ne comprendrait rien à tout ceci... Veuillez arrêter, docteur Edward, je ne compte pas aller plus loin. »

Et il y avait tant de sérieux dans son accent, une telle autorité dans sa voix qu’il a bien fallu lui obéir.


….. Nettie est plus réservée que jamais. Plus que jamais aussi je