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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/257

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Pourceaugnac ? On se souvient de l’ébahissement de celui-ci entre les deux médecins qui lui tiennent, dans un langage si baroque, les raisonnemens les plus saugrenus. La consultation de MM. Desfonandrès, Tomès, Macroton, Bahis, dans l’Amour médecin, est l’original de la consultation mise en scène dans la pièce des Médecins, et l’on reconnaît aussi, dans la scène entre Sganarelle et un marchand d’orviétan, le modèle de la scène entre le bonhomme Dutaffetas et le charlatan Musculus. L’opérateur, comme dit Molière, chante :

L’or de tous les climats qu’entoure l’Océan
Peut-il jamais payer ce secret d’importance?
Mon remède guérit, par sa rare excellence,
Plus de maux qu’on n’en peut montrer dans tout un an...
………………
O grande puissance
De l’orviétan!


Les auteurs de la pièce jouée au Vaudeville ont dit cela moins bien; il fallait dire autre chose. Qui écrira la comédie des médecins au XIXe siècle?

Une pièce à laquelle la vogue n’a du moins pas manqué est le Démon du Jeu, comédie écrite par M. Barrière en collaboration avec M. Crisafulli, et où l’on distingue de prime abord toutes les qualités et tous les défauts habituels de l’auteur des Parisiens et des Faux Bonshommes : une verve un peu triviale, un comique un peu chargé, des intentions dramatiques fort bonnes, et mainte défaillance dans l’exécution. En dépit de tout cela, le Démon du Jeu mérite le succès qui l’accueille par l’énergie réelle de quelques scènes. Les caractères ont moins de force que ne le comportait le sujet : c’est par-dessus tout la situation qui nous frappe et qui nous passionne. Or, après le Joueur de Regnard, le Chevalier joueur de Dufresny, le Beverley de Saurin, Trente ans de Victor Ducange, il était malaisé d’imaginer une donnée bien neuve. Aussi M. Barrière s’est-il accommodé tout bonnement de la donnée de Beverley en la rajeunissant par des détails de la vie moderne et en renversant le dénoûment de la tragédie bourgeoise de Saurin : en 1768, Beverley s’empoisonne et meurt; en 1863, Raoul de Villefranche se convertit en apprenant qu’il est père. Encore Saurin avait-il donné une variante du dénoûment, dans laquelle Beverley, sauvé malgré lui, se résout à vivre pour expier ses fautes. M. Barrière s’est décidé pour le moyen le plus doux : Raoul est guéri, Hector d’Argelès, le mauvais génie de Raoul et de plus un fripon accompli, est démasqué, et tout finit par des pardons et des embrassades. En ménageant la sensibilité du public, M. Barrière s’est éloigné, croyons-nous, de la réalité, qu’il poursuivait. Un homme que la piété filiale et l’amour n’ont pu détourner du tapis vert, un homme emporté comme Raoul par le démon du jeu, ne se corrige guère, <t c’est ce qu’avaient compris, c’est ce qu’avaient exprimé, en appuyant plus ou moins fort, les auteurs qui avaient traité avant lui la même donnée. Pourquoi donc avoir pris tout juste le contre-pied de Beverley ? Le