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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/246

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sée que, si tous les autres états qui sont complètement allemands se réunissaient pour former une union compacte, une véritable fédération, ils constitueraient ainsi une troisième puissance, plus forte que chacune des deux autres, et qui, réunie à celles-ci par une simple confédération, pourrait maintenir entre elles l’équilibre. Cette idée est celle de M. de Beust; mais elle ne paraît pas réalisable, elle ne fait aucun progrès en Allemagne. Si l’on se sépare de la Prusse, c’est seulement pour aller à l’Autriche. D’une part, la Prusse est tellement enchevêtrée dans les petits états du nord, qu’elle ne saurait en être séparée politiquement plus qu’elle ne l’est aujourd’hui. Au point de vue moral comme pour les relations matérielles de tout genre, la Prusse est pour ces états un centre sans lequel ils ne peuvent vivre. D’autre part, cette combinaison échouerait contre ce dilemme : ou bien la fédération ne serait pas assez forte pour ne pas renouveler les scènes d’impuissance de la diète de Francfort, ou bien elle ne profiterait qu’à un seul état, qui deviendrait bientôt pour les autres une nouvelle Prusse. A tort ou à raison, cette idée n’entre donc pas dans les têtes allemandes.

Reste à combiner le mieux possible les élémens actuels pour arriver à une sorte d’unité, sans dépouiller cependant tout à fait les petits princes de leur souveraineté, sans enrichir les autres à leurs dépens, sans envenimer entre l’Autriche et la Prusse une rivalité qui replongerait l’Allemagne dans le chaos de la confédération. C’est ce problème difficile que les princes réunis autour de l’empereur d’Autriche à Francfort s’efforcent de résoudre. Ils ont donné une preuve de sens politique en faisant cette tentative; mais le moment est critique pour eux et pour l’Allemagne. S’ils réussissent, s’ils trouvent une solution qui donne satisfaction aux aspirations naturelles et toujours plus fortes de la majorité de la nation, ils auront conjuré un grand danger, et mis leur situation en harmonie avec les besoins du temps. S’ils échouent, ou si leur œuvre est illusoire, cette réunion, en constatant la nécessité d’une révolution politique, sera en même temps l’aveu de leur impuissance à l’accomplir. On aura alors le droit de leur dire : Ce que vous n’avez pas su, pu ou voulu faire, nous allons le tenter, et puisque votre position et les divisions qu’elle entraîne ont rendu votre œuvre impossible, il faut commencer par écarter cet obstacle.

Quelle qu’en soit l’issue, cette réunion est donc un grand pas vers l’unité, et il a fallu un concours extraordinaire de circonstances pour la rendre possible. Il y a un an, l’Allemagne du nord ne se serait pas plus réunie autour de l’Autriche que celle du midi autour de la Prusse. Il a fallu que l’Autriche devînt libérale chez elle, afin de pouvoir dire aux autres : Faisons en Allemagne ce que j’ai commencé par faire chez moi. Il a fallu encore que la Prusse, se jetant dans les voies révolutionnaires, s’isolât de tous ses appuis et s’aliénât le parti libéral qui lui tendait les mains.

La position de l’empereur d’Autriche est difficile, mais féconde; celle