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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/238

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peuple français, tel qu’il est sorti de notre révolution, et toutes les fois qu’il est affranchi de la direction d’une politique de cour, ne demande aux autres peuples que de disposer de leur propre fortune, de ne pas laisser fausser leurs destinées par les caprices de l’absolutisme et les manœuvres de l’intérêt dynastique, en un mot que d’être eux-mêmes. A ce compte, s’il y a un parti français en Espagne, ce sera le parti le plus véritablement espagnol; s’il y a un parti français en Italie, ce devra être le parti italien par excellence; s’il doit y avoir une politique française à l’égard des efforts que fait l’Allemagne par ses peuples et par ses princes pour mieux régler les conditions et les manifestations de sa vie publique, cette politique, pour être vraiment française, au lieu de se laisser offusquer par de mesquines préoccupations et une ombrageuse jalousie, devra donner ses encouragemens à la réforme de la confédération germanique.

Qu’on ne nous accuse point à l’étranger de céder à un mouvement de vanité nationale, quand nous revendiquons pour la politique française, lorsqu’elle est pure de l’alliage des vues personnelles, le mérite naturel du désintéressement. Certes on fait assez raillerie de ce que l’on appelle le don-quichottisme français; comment se croirait-on autorisé à voir en nous des don-Quichottes, si l’on ne reconnaissait pas cette générosité chevaleresque qui est au fond de notre caractère national? Qu’on ne nous reproche point en France de méconnaître les intérêts traditionnels de notre pays, si nous voyons sans humeur l’Allemagne chercher à obtenir une représentation plus condensée d’elle-même et une direction plus concentrée de sa vie politique. Un des principaux points du credo de notre vieille diplomatie était, nous le savons, qu’il fallait à la France une Allemagne divisée. Nous croyons que cette routine diplomatique n’est plus conforme à l’esprit de notre époque, et nous pouvons montrer, par les tristes effets qu’elle a produits, combien elle est peu conforme à nos véritables intérêts.

Quand on parle aujourd’hui de resserrer le nœud de la confédération germanique, la chose n’a plus le sens qu’elle avait autrefois. L’Allemagne que l’on avait en vue, et que nos intérêts nous commandaient de désunir, était l’Allemagne des princes et des souverains absolus, des politiques de cour, une Allemagne qui, si elle s’était unie tout entière sous la prépondérance d’une maison souveraine, eût pu être contre la France le redoutable instrument d’une ambition politique qu’aucune entrave intérieure n’eût gênée. Les projets actuels de réforme introduisent dans la question un élément tout nouveau, et cet élément n’est rien moins que le peuple allemand lui-même. La condition nouvelle et fondamentale de ces réformes est la constitution d’une représentation des peuples allemands au siège central de la confédération. Avec cette apparition d’une représentation collective et populaire de l’Allemagne s’évanouissent les motifs qui faisaient appréhender à notre ancienne diplomatie l’unité allemande. Nous autres Français, nous sommes un peuple fait; les bases de notre force nationale sont solidement posées; nous n’avons point à former le vœu de les étendre, ni à