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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/185

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et s’enveloppaient, comme toutes les traditions populaires, de circonstances merveilleuses qui n’étaient guère propres à convaincre les esprits réfléchis. On pouvait attribuer aux effets du tonnerre certains phénomènes bizarres, par exemple les traînées de feu que des témoins oculaires avaient vues. Les pierres noirâtres et vitrifiées que l’on retrouvait en divers endroits n’étaient peut-être que des pierres ordinaires frappées par la foudre. Ce fut seulement en 1794 que Chladni, physicien allemand, sut réunir toutes les observations éparses dans les auteurs anciens ou contemporains, et parvint à établir la réalité du phénomène. Les travaux de ce savant eurent le privilège d’attirer l’attention. Les observateurs tenus en éveil signalèrent bientôt des faits qui démontraient l’existence incontestable des aérolithes. Peu après, en 1803, une véritable pluie de pierres vint à tomber en plein jour près de la petite ville de Laigle, en Normandie. M. Biot, envoyé sur les lieux par l’Académie des Sciences, recueillit les témoignages d’un grand nombre de personnes qui toutes avaient entendu une explosion dans l’air, et dont beaucoup avaient vu tomber les pierres. Ces pierres s’enfonçaient en terre en tombant; elles étaient très chaudes et répandaient une odeur de soufre insupportable. La plus grosse de toutes celles que l’on avait trouvées pesait près de neuf kilogrammes, et le nombre total de ces blocs météoriques était évalué à deux ou trois mille. Souvent les aérolithes ont des dimensions bien plus considérables. On en cite qui pesaient plusieurs milliers de kilogrammes. Quelquefois, il est vrai, on assignait une origine aérienne à des pierres que personne n’avait vues tomber. Ainsi le voyageur Pallas racontait à la fin du siècle dernier qu’il avait vu à Saint-Pétersbourg une masse minérale de huit cents kilogrammes environ découverte par un Cosaque au sommet d’une montagne schisteuse en Sibérie. C’était une masse de fer que les Tartares regardaient comme sacrée, parce que cette montagne ne contenait aucune trace de minerai ferrugineux. Il fallait bien qu’elle fût venue du ciel, puisque aux environs du lieu où elle avait été découverte on ne trouvait ni fer ni d’autres pierres analogues. Cette opinion était assez plausible. C’est en effet un signe caractéristique de toutes les pierres météoriques authentiques que l’uniformité de composition qu’elles présentent à l’analyse chimique. Elles contiennent du soufre, du fer, du nickel, de la magnésie, de la silice. Il est remarquable en particulier que le fer s’y trouve à l’état natif, blanc, plein de trous comme une éponge grossière, tandis que ce métal ne se présente à nous sur la terre qu’à l’état d’oxyde ou de sulfure, c’est-à-dire combiné avec d’autres substances.

L’existence des aérolithes étant ainsi mise hors de doute, il restait à en expliquer l’origine, en les assimilant, par une analogie