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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/182

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froidissent plus ou moins, selon leur étendue variable, les vents d’ouest qui nous arrivent d’Amérique. C’est aussi le gulf-stream, courant d’eau chaude qui réchauffe ces mêmes vents, et qui, suivant les années, remonte au nord ou descend au sud. Ce sont les nuages eux-mêmes, qui, plus ou moins opaques, retirent ou rendent à la terre la chaleur solaire, arrêtent ou retardent l’évaporation. Le dessèchement d’un lac, le défrichement d’une forêt suffisent pour changer le climat d’une contrée, c’est-à-dire la température moyenne qui y règne, en même temps la quantité de pluie qu’il reçoit et les vents qui y soufflent. On a même prétendu que les coups de canon, qui produisent une puissante impulsion de l’air environnant, attirent ou éloignent (je ne sais lequel) les nuages et les orages. Les prédictions météorologiques, si quelqu’un était assez imprudent pour les faire longtemps à l’avance, seraient faussées par les grandes batailles que se livrent les hommes. Tout agit sur l’atmosphère, de même que l’atmosphère agit sur tout; elle pourrait être à plus juste titre que l’onde prise pour type de la mobilité. Il n’est pas de problème plus complexe que d’en prévoir les mouvemens. A négliger même les perturbations accidentelles qui sont l’œuvre de l’homme, l’esprit humain ne peut saisir à la fois toutes ces causes et tous ces effets, prévoir toutes les conséquences de ces réactions multiples. Pour apprécier combien notre intelligence est bornée dans le champ des prévisions, qu’on songe que le système solaire comprend à peine une douzaine de grosses masses isolées les unes des autres, qu’elles exercent l’une sur l’autre une influence réciproque qui suit une loi très simple, et que néanmoins, depuis cent cinquante ans que Newton a découvert la loi de l’attraction universelle, les astronomes n’ont pas encore réussi à expliquer tous les mouvemens de ces masses, ni à prévoir bien exactement tous les effets qui se produisent dans un monde si simple. Certes M. Mathieu (de la Drôme) a raison de croire que le hasard n’a rien à faire avec les phénomènes de l’atmosphère et que la plus petite goutte d’eau qui tombe des cieux obéit à des lois immuables; mais ces lois sont pour nous ce que serait pour le sauvage notre Code civil, un livre clos qui dépasse notre intelligence. Le prophète se trompe d’ailleurs quand il dit qu’on peut prédire le temps comme on peut prédire le lever et le coucher des astres, car les perturbations accidentelles, que l’on ne saurait prévoir, jouent un trop grand rôle pour être négligées. Nous pouvons dire avec Arago : «Jamais, quels que puissent être les progrès des sciences, les sa vans de bonne foi et soucieux de leur réputation ne se hasarderont à prédire le temps. »

Il est à remarquer que les hommes qui veulent prédire le temps qu’il fera dans un lieu et à un moment donné n’abordent jamais le