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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/180

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d’un groupement artificiel des chiffres. Pour établir les lois physiques, il faut bien se garder de toute combinaison de chiffres dans laquelle le résultat est exceptionnellement influencé par un fait unique. » M. Leverrier prend au hasard l’un des axiomes posés par M. Mathieu, le premier que nous avons reproduit. Il relève sur le journal météorologique de Genève la quantité de pluie tombée pendant la première phase de la lune toutes les fois que la lune était nouvelle de sept heures à huit heures, de huit heures à neuf heures, de neuf heures à dix heures, et il montre que, pendant les soixante-six ans que comprennent les observations de Genève, la moyenne pour chaque période est sensiblement la même. La loi annoncée ne se vérifie donc pas, et l’on peut affirmer que les différences trouvées par M. Mathieu (de la Drôme) sur un nombre restreint d’observations ne sont que l’expression de l’extrême variabilité de la pluie. Que prouvent quelques observations restreintes, lorsqu’il s’agit d’un phénomène si incertain? Ne sait-on pas que sur les 60 centimètres d’eau qui tombent à Paris, année moyenne, une seule averse suffît pour donner de 3 à 4 centimètres en une heure de temps? Bien plus, deux localités très voisines peuvent recevoir pendant une même semaine des quantités de pluie très différentes. On se rappelle avoir vu le quartier du Gros-Caillou inondé sans qu’au Panthéon il y eût trace de pluie. Les phases de la lune ne sont-elles pas les mêmes pour ces deux quartiers d’une même ville?

Ce n’est pas assez de discuter les faits et les chiffres sur lesquels s’appuie une théorie; il faut encore la juger avec le raisonnement. Le hasard pourrait faire qu’une loi fût vraie pour les faits passés et fausse pour les phénomènes à venir. La nouvelle théorie ne supporte pas mieux le contrôle du raisonnement que l’épreuve de l’expérience. Les astronomes nous apprennent qu’une heure de retard ou d’avance dans l’instant où commence la nouvelle lune correspond à un déplacement insignifiant de cet astre. Supposons deux lunes dans le ciel; que l’une d’elles commence son premier quartier à huit heures du matin et que l’autre le commence le même jour à neuf heures : au dire de M. Mathieu (de la Drôme), la première donnerait de la pluie, et la seconde du beau temps. Les astronomes nous diront que deux lunes ainsi faites se toucheraient, qu’elles seraient côte à côte sur le firmament; peut-on admettre qu’elles exercent des influences différentes sur le climat, si tant est qu’elles exercent une influence quelconque?

Mais, dira-t-on, nier l’influence de la lune sur les phénomènes météorologiques, c’est nier les marées atmosphériques. L’action combinée du soleil et de la lune qui soulève périodiquement les flots de l’Océan n’aurait donc aucune influence sur les masses d’air plus mo-